Service militaire obligatoire: Un serpent de mer qui a peu de chance d'aboutir

ANALYSE Des élus de tout bord voient dans le retour de la conscription l'une des solutions à la crise que traverse le pays…

Anne-Laëtitia Béraud

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Illustration de militaires français,
Illustration de militaires français, — FRED SCHEIBER/20 MINUTES

Un appel au rétablissement du service militaire obligatoire de plus en plus insistant. Depuis sa suspension, en 1996, la conscription n’a jamais fait autant d’émules.

La demande, relancée après les attentats de Paris, provient surtout de l'UMP. Ce lundi, l’ancien ministre Xavier Bertrand a expliqué au Parisien son projet d’«un service d'au moins trois mois, pas facultatif, pour les filles et les garçons». Une mesure soutenue par le conseiller régional Geoffroy Didier, car, selon lui, «des parents et des enseignants ont démissionné de leur mission d’instruction». Ces déclarations succèdent à celle de l'ancien ministre François Baroin, qui souhaite un service national de «huit mois».

La nostalgie du service militaire n’a pas gagné les seuls membres de l’UMP. Lors de ses vœux à la presse, vendredi, la présidente du Front national, Marine Le Pen, a souhaité «la mise en place d'un nouveau service national militaire, d'une durée d'un semestre, pour tous nos jeunes». Et à gauche aussi, en mai 2014, l’ancien secrétaire d’Etat aux Anciens combattants Kader Arif déplorait l’«erreur d’avoir supprimé le service militaire».

Ce regret semble partagé par les Français, interrogés par le biais de sondages. En juillet 2012, un sondage Ifop avait révélé que 62% des personnes regrettaient le service militaire, alors qu’en 2006, ils étaient 59%. En mai 2014, un sondage YouGov pour 20 Minutes soulignait ce même attachement. Une nostalgie apparente qui relève du «mythe» du service militaire, explique alors à 20 Minutes le sociologue Sébastien Jakubowski. Le maître de conférences analyse «le rapport paradoxal avec le service militaire. Ce dispositif était inégalitaire et décrié jusqu’à sa fin (…) Mais paradoxalement, ce mythe continue de se construire aujourd’hui, et les Français y sont attachés». 

>> Les explications du sondage 20 Minutes sur l'institution militaire, par deux universitaires
 

Et s’il est régulièrement évoqué, le service militaire est aussi vite retoqué. Réclamé par l’UMP, c’est aussi la droite qui l’a balayé par le passé. En 2006, alors ministre de la Défense, l’UMP Michèle Alliot-Marie avait estimé qu’un rétablissement du service militaire «coûterait trop cher», soit «dix milliards par an les premières années».

L’argument est peu ou prou le même en 2015, selon l’ex-ministre de la Défense Hervé Morin. Le rétablissement d’un service militaire obligatoire est, selon le centriste, «rigoureusement impossible. Comment voulez-vous incorporer 900.000 jeunes chaque année? On n'a plus les casernes, les régiments, on n'a plus les effectifs.»

«Problème qui n'est pas militaire, mais éducatif»

Ministre de la Défense à l'époque de la suspension du service militaire, Charles Millon explique lui aussi l'«inutilité» d'appelés. «La réponse du service militaire est inadaptée à la crise que traverse notre pays», explique-t-il au Figaro. «Le problème n'est pas militaire, il est éducatif, et l'armée n'a pas pour vocation de remplacer l'école, elle ne peut pas avoir la charge d'encadrer la jeunesse de France», estime l'ancien ministre du président Chirac. L’école ou l’armée, telle est donc la question.