Mouvement anti-islam: «La tentative d’importer Pegida en France a pour l’instant échoué»

INTERVIEW Pour Vincent Tiberj, sociologue de l’immigration à Sciences-Po, le mouvement anti-islam né en Allemagne aura du mal à mobiliser ailleurs que sur les réseaux sociaux en France...

Propos recueillis par Delphine Bancaud

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Une manifestation de Pegida à Leipzig en Allemagne, le 12  janvier 2015.
Une manifestation de Pegida à Leipzig en Allemagne, le 12 janvier 2015. — AFP/ODD ANDERSEN

Après l’Allemagne…l’Autriche, la Norvège, la Suède et la Suisse. Le mouvement anti-islam Pegida gagne du terrain et vient même d’ouvrir une branche en Espagne. Reste à savoir s’il parviendra à s’implanter en France. Une hypothèse à laquelle ne croit pas Vincent Tiberj, sociologue de l’immigration à Sciences-Po.

Pegida peut-il essaimer en France?

Au vu de ce qui s’est passé ce week-end, je répondrais non. La tentative d’importer Pegida en France a pour l’instant échoué. Car dimanche, une de ses responsables devait s’exprimer lors d’une manifestation organisée par les mouvements Résistance républicaine et Riposte laïque, appelant à «mettre les islamistes hors de France». Mais la manifestation a finalement été interdite. A Bordeaux, elle a eu lieu, mais a réuni plus de policiers que de manifestants selon la presse locale.

Pourquoi ce mouvement n’arrive-t-il pas à se développer en France, selon vous?

Tout d’abord parce que la scène est déjà occupée sur ce terrain là par le FN et par Risposte laïque qui existe depuis 2007. Ensuite, parce que cette nébuleuse autour de Pegida s’organise autour des réseaux sociaux, qui fonctionnent comme une caisse de résonnance. Il y a et il y aura des groupes Facebook en France se réclamant de Pegida. Mais le mouvement aura du mal à mobiliser ses sympathisants lors de manifestations, car l’extrême droite n’a plus la tradition de la rue. Ses seules manifestations un tant soit peu réussies ont lieu le 1er mai et encore, c’est en mobilisant le banc et l’arrière banc de leurs sympathisants. Et les apéros saucisson-pinard n’ont réuni au maximum que 300 personnes en France. Riposte laïque a réussi à exister médiatiquement et virtuellement, mais n'a pas débouché sur une organisation capable d'exister dans la rue ou dans les urnes.

Mais les attentats récents commis en France ne peuvent-ils pas constituer un déclencheur pour les sympathisants à ce mouvement?

C'est encore trop tôt pour le dire. En 2005, les émeutes en banlieue ont été considérées par une partie de l’opinion publique comme une révolte musulmane et entrainé une vraie crispation à l’égard des musulmans. En revanche, cela n’a pas été le cas en 2012 après l’affaire Merah.

Le discours «anti-amalgame» du gouvernement constitue-t-il un rempart face à ce risque?

Oui, à condition que l'ensemble de la classe politique fasse de même. Alors ce cadrage permettra de se «rassembler autour du drapeau», comme disent les sociologues américains. Le rôle de l'UMP est primordial pour éviter que cette nébuleuse anti-islam ne progresse pas en France.