Communication politique: «Marine Le Pen recherche une stature internationale»

INTERVIEW C’est ce qu’estime le professeur Philippe J. Maarek, professeur en sciences de l'information et de la communication...

Propos recueillis par Anne-Laëtitia Béraud
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Marine Le Pen, présidente du Front national, le 16 janvier 2015 à Nanterre.
Marine Le Pen, présidente du Front national, le 16 janvier 2015 à Nanterre. — CHAMUSSY/SIPA

Le New York Times publie ce lundi une tribune de la présidente du Front national Marine Le Pen, dix jours après les attentats perpétrés par les djihadistes Saïd et Chérif Kouachi et Amedy Coulibaly. Dans cette tribune, Marine Le Pen cible le «fondamentalisme islamiste». L’eurodéputée appelle à la déchéance de nationalité française des terroristes, au rétablissement des frontières nationales et à l’arrêt de l’immigration. Comment comprendre cette tribune? Eléments de réponses avec Philippe J. Maarek, professeur des universités en sciences de l'information et de la communication à l’Université Paris-Est Créteil (UPEC)*

Comment analysez-vous la tribune de Marine Le Pen dans le «New York Times»?

Marine Le Pen souhaite être candidate à l’élection présidentielle de 2017. Une stature nationale ne lui est pas suffisante, elle recherche une stature internationale. Il lui faut ainsi une communication à l’étranger, dans des médias qui comptent. C’est un élément de légitimation. Elle essaye de marquer des points dans des pays où le Front national est peu considéré, et ainsi d'apparaître comme une interlocutrice légitime. Le Front national effectue ce travail de légitimation en France depuis une vingtaine d’années, afin d’être considéré comme un parti de gouvernement, il l'étend maintenant à l'étranger, en toute logique.

Est-ce le public américain, ou le public français, qui est visé dans cette tribune?

Ce n’est pas le public américain, mais les responsables politico-médiatiques de ce pays qui sont intéressants pour elle. Marine Le Pen sait également que cette tribune sera reprise par les autres médias, dont les médias français. Cette stratégie de communication est comparable à ce que serait en France l'impact d'une tribune dans le quotidien Le Monde par exemple.

A deux ans de la présidentielle, cette tentative de légitimation du FN à l’étranger est-elle trop précoce?

L’objectif de Marine Le Pen est la présidentielle. Deux ans, ce n’est pas long quand on recherche une notoriété internationale avant de se présenter à cette élection. Elle sait bien que l’élection présidentielle est devenue prioritaire en France depuis la réforme de 2000. Depuis lors, le Parlement est quasiment obligé de soutenir le président.

A la suite des attentats, Marine Le Pen bénéficie-t-elle d’une dynamique favorable?

Il y a un phénomène européen, pas seulement français, de montée des populismes. Le mouvement Pegida, en Allemagne, a réuni entre 15.000 et 20.000 personnes à Dresde le 15 décembre. Il y a aussi l’Aube dorée en Grèce, le parti Podemos en Espagne, etc. Fin décembre, en Suède, les partis de gouvernement ont fait alliance contre le parti populiste d’extrême droite. Cette alliance pourrait faire dire à Marine Le Pen, en transposant dans ce pays, qu’il y a une «UMPS» à l’œuvre. La période actuelle sert les populistes européens. Quant à la popularité de Marine Le Pen elle-même après les attentats, il faudra voir ce qu'en disent les sondages qui vont être publiés dans prochains jours et semaines.

>> Lire: Ces partis nationalistes européens qui souhaitent conquérir l'Europe

* Philippe J. Maarek est également directeur du Centre d'études comparées en communication politique et publique…