Attentats à Paris: Bernard Cazeneuve découvre la popularité mais «ne s’en préoccupe pas»

POLITIQUE 70% des Français ont une «bonne opinion» du ministre de l’Intérieur…

William Molinié
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Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve s'adresse à la presse le 10 janvier 2015 dans le cour de l'Elysée
Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve s'adresse à la presse le 10 janvier 2015 dans le cour de l'Elysée — Thomas Samson AFP

Il y a encore quelques semaines, un cadre de la police nationale s’interrogeait sur l’exercice du pouvoir de Bernard Cazeneuve à l’Intérieur. Il semblait relégué au rang d’un «pseudo» ministre, dont le costume de véritable flic de France aurait déménagé à Matignon, emporté dans ses cartons par Manuel Valls. Habitué aux rôles de l’ombre, utilisé pour sa capacité à «déminer» les situations complexes, Bernard Cazeneuve souffrait d'une faible popularité, y compris dans sa propre maison. «On ne se fait pas d’illusion. On sait que le pouvoir décisionnel reste entre les mains de Valls», enfonçait fin décembre le patron d’un syndicat de police.

En une semaine, dans le sillage de la nouvelle popularité des forces de l’ordre applaudies par le peuple, les Français ont découvert leur ministre de l’Intérieur. D’après un sondage Odoxa pour Le Parisien, 70% ont une «bonne opinion» de lui (+16% par rapport à une étude datée du 9 janvier, donc avant les événements). Au cœur de la tempête, il multiplie les interviews télévisés pour faire connaître l’évolution de la crise aux Français. Le ministre bénéficie sans doute aussi de la gestion des attentats, sans erreur notoire, par l’exécutif.

«Un consensus républicain»

Peu connu du grand public et très critiqué en novembre lors de la mort d’un opposant au barrage de Sivens, Bernard Cazeneuve est désormais jugé presque aussi bon ministre de l’Intérieur que son prédécesseur, Manuel Valls. «Les sondages, ça va et ça vient. Il ne s’en préoccupe pas», assure-t-on dans son entourage. Un de ses proches conseillers, contacté par 20 Minutes ce dimanche, s’attache à rappeler les priorités du ministre: La sécurité des Français, l’évolution de l’enquête sur l’entourage de Coulibaly et des frères Kouachi et le renforcement de l’arsenal antiterroriste, dont il doit présenter mercredi les nouvelles mesures en conseil des ministres.

«Ce qui l’a profondément ému, avant tout, c’est le soutien de la population aux policiers et gendarmes», poursuit-il. Depuis quelques jours, Bernard Cazeneuve a consulté tous les anciens ministres de l’Intérieur, ainsi que des parlementaires de tous bords. «Cet esprit d’unité nationale, il faut en faire quelque chose», ajoute-t-on à son cabinet. Est-il conscient que cet état de grâce ne durera pas éternellement? «Ça dépend des responsables publics. Il y a un consensus républicain sur la lutte contre le terrorisme.»

Réputation de technocrate austère

Passionné de botanique, d’ordinaire discret, Bernard Cazeneuve a rassemblé autour de son action: 85% des sympathisants de gauche et 65% de droite pensent qu’il a été «à la hauteur des événements». Porte-parole du candidat socialiste Hollande pendant la campagne présidentielle en 2012, l’ancien maire de Cherbourg passe de l’ombre à la lumière lorsque le Président l’appelle pour remplacer au Budget Jérôme Cahuzac. Et lorsque le remaniement propulse Manuel Valls à Matignon, c’est son nom qui s’impose.

Amateur de phrases bien tournées, porté sur l'auto-dérision et l’humour pince-sans-rire, Bernard Cazeneuve traîne une réputation de technocrate austère. Un calme qui le sert lorsque l’administration est secouée par une double prise d’otage. Lors du dénouement, quelques minutes après l’assaut des forces de l’ordre à Vincennes et Dammartin, vendredi 9 janvier, Bernard Cazeneuve se présente à la presse qui attend dans la cour de la Place Beauvau. Pas un seul mot n’est prononcé plus haut que la partition qu’il joue depuis 55 heures. Une musique très différente du style de deux virtuoses de l’exercice, Valls et Sarkozy, fait de testostérone et de déclarations médiatiques chocs.