«Marche républicaine»: Le refus d'inviter le FN «est une exclusion anachronique»

INTERVIEW C’est ce qu’estime le politologue Eddy Fougier, chercheur associé à l'Institut de relations internationales et stratégiques…

Propos recueillis par Anne-Laëtitia Béraud
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La présidente du FN Marine Le Pen et son vice-président Florian Philippot sur les Champs Elysées à Paris le 22 décembre 2014
La présidente du FN Marine Le Pen et son vice-président Florian Philippot sur les Champs Elysées à Paris le 22 décembre 2014 — Kenzo Tribouillard AFP

Dimanche, plusieurs «marches républicaines» vont s’organiser à l'appel des «partis républicains», de syndicats, d'associations et des grandes fédérations musulmanes. Mais l’appel à «l'unité nationale» annoncée s'est fissuré, Marine Le Pen dénonçant «l'exclusion» du Front national à ces manifestations. Une ligne politique dénoncée par plusieurs élus, notamment à l’UMP. 20 Minutes a demandé à Eddy Fougier, chercheur associé à l'Iris, les conséquences politiques de ce geste.

Ce refus de la main tendue au FN peut-il être bénéfique à ce parti?

L’exclusion du FN de ces marches, décrétée par plusieurs députés lors d’une réunion jeudi à l’Assemblée nationale, lui est bénéfique car Marine Le Pen peut se présenter comme une victime de tous ces partis. C’est un boulevard grand ouvert pour elle.

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Comment considérez-vous cette exclusion?

Celle-ci a un caractère anachronique, éculé. De fait, il est difficile de dire que le FN ne fait pas partie de l’arc républicain, c’est-à-dire de la classe politique française. Le parti présidé par Marine Le Pen est «dédiabolisé», avec des élus, alors que sous Jean-Marie Le Pen, il était «hors système». Néanmoins, je peux entendre que les partis de gauche ne souhaitaient pas du FN à l’occasion d’une «marche républicaine», place de la République à Paris…

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Quelles conséquences politiques attendre de ces derniers événements?

Je pense que ce moment de fortes tensions est extrêmement favorable au Front national. Dans les prochaines semaines, sitôt l’émotion retombée, on ne parlera pas de la loi Macron [sur l’économie], mais de la sécurité et des extrémistes musulmans. Il y aura sans nul doute un appel à l’ordre, à l’autorité, à la répression… C’est évidement le terrain préféré de Marine Le Pen. Celle-ci regrette dès ce vendredi être la seule à parler de «fondamentalisme islamiste»…

Le Président François Hollande appelle «tous les citoyens» à manifester dimanche et à refuser toute «stigmatisation»…

C’est une tentative de revenir et calmer la polémique née hier. Ce sera vite oublié. Maintenant, il faut voir ce que feront les membres du FN dimanche. Viendront-ils, à titre individuel, rendre hommage?

Pensez-vous que ces événements vont être récupérés politiquement?

Oui, et c’est préoccupant. Voyez déjà le contexte, avec des manifestations «contre l'islamisation» en Allemagne… Le potentiel de croissance des partis comme le FN est grand.