Attentat à «Charlie Hebdo»: L'union nationale, un moment important… mais éphémère

POLITIQUE Alors que les partis républicains font bloc, la question d'une participation du FN à la manifestation de dimanche pose question...

Anne-Laëtitia Béraud avec AFP

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Des personnels de l'Assemblée nationale et des députés observent une minute de silence en hommage aux victimes de la tuerie à «Charlie Hebdo», le 8 janvier 2015 à Paris.
Des personnels de l'Assemblée nationale et des députés observent une minute de silence en hommage aux victimes de la tuerie à «Charlie Hebdo», le 8 janvier 2015 à Paris. — CHAMUSSY/SIPA

Deuil national rarissime, manifestations spontanées: Choquée par l'attentat meurtrier contre Charlie Hebdo, la France s'est placée sous le signe important, mais éphémère, de l'union nationale.

A l'Assemblée nationale, une Marseillaise a été entonnée par les députés présents, et elle a été présidée, au Sénat, par un socialiste et un UMP.

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«Il faut montrer aux autres pays qui recherchent les chemins de la démocratie, que nous pouvons faire nation commune, quelles que soient nos origines, nos religions, et c'est ça aussi le message universel de la France», a déclaré Claude Bartolone, président de l’Assemblée nationale.

Autre signe de l'union: Le chef de l'Etat a reçu jeudi les dirigeants des partis politiques représentés au Parlement. Et vendredi, ce sera notamment au tour de Marine Le Pen de se rendre à l'Elysée.

Question sur la proposition d’inviter le Front national

Mais reste en suspens la question d'une participation à la «marche républicaine» dimanche? Manuel Valls a appelé mercredi Nicolas Sarkozy pour y convier l'UMP.

Au FN, Marine Le Pen dit toujours attendre un appel du Premier ministre. Un silence jugé «petit» par Marion Maréchal-Le Pen. Au Parisien, la députée du Vaucluse a jugé que l'absence d'invitation du FN à la marche républicaine n'était «pas un comportement digne» de la part de Manuel Valls et de François Hollande. 

Jeudi matin, Manuel Valls a pourtant estimé qu'il «ne pouvait pas y avoir d'exclusion à l'unité nationale». Une attitude à l'opposé de celle Julien Dray, vice-président PS de l'Ile-de-France, qui a estimé dans un tweet : 

Adoubement républicain du parti

Comme le souligne le politologue Jérôme Sainte-Marie, convier le FN à un rassemblement dimanche «changerait tout»: «S'ils sont intégrés à l'arc républicain dans une période d'émotion nationale, de quel droit les rejeter ensuite?».

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«Ce qui est en jeu, c'est l'adoubement républicain du FN», dit Jérôme Sainte-Marie, patron de l'institut Pollingvox, pour qui cependant certains frontistes peuvent craindre de dilapider leur capital de parti «hors système».

L'union est «un exercice obligé des premiers moments, y compris dans la bouche de ceux qui n'en pensent pas moins», estime le politologue Philippe Braud.

Exercice qui n’éteint pas la politique

«C'est seulement un peu plus tard que s'ouvrira le débat sur les causalités profondes.

L'union n'éteint pas tout débat: Dès mercredi, le président de l'UMP estimait que le gouvernement devait «prendre des mesures fortes contre le terrorisme». Marine Le Pen a rappelé jeudi sa volonté, en cas d'accession à l'Elysée, de convoquer «un référendum sur la peine de mort», tout en dénonçant un «manque de moyens du renseignement».