Affaire Zemmour: Une «polémique typiquement française» pour la presse étrangère

POLEMIQUE Pour le Wall Street Journal, notre pays est en proie à «une crise d’hystérie et d’égarement» qui «consolide les ambitions présidentielles de Marine Le Pen»...

Thibaut Le Gal

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Eric Zemmour, ecrivain, essayiste et journaliste francais.
Chaque jeudi soir en seconde partie de soiree sur France 5, Franz-Olivier Giesbert, accompagne des editorialistes Mazarine Pingeot, Eliette Abecassis et Geraldine Muhlmann, recoit des politiques et des intellectuels pour debattre d'une question de societe.
Photographies realisees le 29 octobre 2014.
Paris, FRANCE-le 20/12/14/BALTEL_121307/Credit:BALTEL/SIPA/1412211238
Eric Zemmour, ecrivain, essayiste et journaliste francais. Chaque jeudi soir en seconde partie de soiree sur France 5, Franz-Olivier Giesbert, accompagne des editorialistes Mazarine Pingeot, Eliette Abecassis et Geraldine Muhlmann, recoit des politiques et des intellectuels pour debattre d'une question de societe. Photographies realisees le 29 octobre 2014. Paris, FRANCE-le 20/12/14/BALTEL_121307/Credit:BALTEL/SIPA/1412211238 — SIPA

Eric Zemmour, pomme de discorde. Le polémiste n’en finit plus de déchaîner les passions en cette fin d’année. La controverse a récemment franchi la frontière belge. Une élue municipale du parti Ecolo-Groen a demandé au bourgmestre (maire) de Bruxelles d’interdire la séance de dédicaces et les deux conférences du journaliste, prévues le 6 janvier prochain. L'occasion de voir comment l'affaire Zemmour est perçue à l'étranger. 20 Minutes fait le point.

Une polémique «typiquement française»

«La France est coupée en deux par le renvoi du plus aimé-et en même temps du plus détesté extrémiste de droite, islamophobe et misogyne du pays», écrit The Independent. La controverse autour de ce licenciement prouve que contrairement aux thèses du polémiste, «la France reste la France». Le journaliste du quotidien britannique ironise. «Dans peu d’autres pays, le renvoi d’un commentateur politique déchaînerait autant les passions. Il n’y a pas beaucoup de pays où les hommes politiques des deux bords auraient défendu Zemmour au nom de la liberté d’expression quels que soient les clivages politiques».

«Cette polémique est également typiquement française parce qu’elle est sémantique», soutient le journaliste qui rappelle que la polémique est d’abord née autour du mot «déportation», qui n’a finalement jamais été prononcé.

Un «écho à une grande partie du discours de Le Pen»

De manière plus générale, le Financial Times estime que le succès de Suicide Français, est «une indication de l'humeur qui règne en France en ce moment», précisant que l’ouvrage «fait écho à une grande partie du discours de [Marine] Le Pen». Le quotidien économique britannique ajoute que ce succès, qui «souligne les profondes secousses politiques provoquées par ces dernières années de crise économique», devrait préoccuper François Hollande et «l’establishment français» pour 2017. Même écho au Wall Street Journal, pour qui notre pays, «toujours riche et malin» est pourtant en proie à «une crise d’hystérie et d’égarement» qui «consolide les ambitions présidentielles de Marine Le Pen». «Pauvre France», conclut le journaliste américain.

Dans l’Opinione delle Libertà, Peter Martino compare l’ouvrage d’Eric Zemmour avec le pamphlet de Thilo Sarrazin, Deutschland schafft sich ab [L’Allemagne court à sa perte, 2010]. «L’énorme succès commercial du livre de Zemmour met en évidence la profonde insatisfaction de nombreux citoyens français contre leurs élites politiques et culturelles. Il y a quatre ans, Thilo Sarrazin avait montré que de nombreux Allemands ne voulaient pas que l’élite politique détruise l’Allemagne. […] L’Allemagne va-t-elle être détruite? Pas encore. La France se suicider? Pas encore. Mais ces deux livres révèlent que l’Europe semble être mûre pour un bouleversement politique».

«French bashing»

The Telegraph rapproche l’ouvrage de Zemmour avec la sortie à venir du roman de Michel Houellebecq. «Son roman d'anticipation arrive à un moment de profonde introspection en France sur l'immigration, l'islam et l'identité nationale, et la montée d'un mouvement «néo-réactionnaire»» dont Eric Zemmour est «l’un des représentants les plus célèbres».

La polémique a donc aussi traversé l’Atlantique. The Newyorker ironise sur le «French bashing», que personne n’utilise de manière aussi enthousiaste que les Français eux-mêmes, à l'image d'Eric Zemmour. Son succès prendrait sa place sur la longue liste de livres décrivant «le déclin français ou la mort de la France», depuis «The Great Nation in Decline» de Sean M. Quinlan en 1783. 

«La France n’est plus un empire, mais un pays de taille moyenne prospère avec un très haut niveau de vie. Elle n’est plus le centre culturel du monde, mais garde plus d’influence que la plupart des autres pays. […] Il y a certes des absurdités et des excès dans nos sociétés multiculturelles et politiquement correctes mais aussi de grands avantages. Zemmour souhaite-t-il vraiment revenir à un monde ou les femmes ne peuvent ouvrir de comptes bancaires sans la permission de leur mari, où les homosexuels pouvaient être arrêtés pour sodomie? A une époque de déclin supposé, les Français sont-ils meilleurs, ou pires?», s'interroge le magazine.