Jean-Luc Mélenchon dans «Closer», une opération gagnant-gagnant

POLITIQUE Le leader du Front de gauche accorde une longue interview au magazine people, une première pour l'hebdomadaire...

Maud Pierron

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Jean-Luc Mélenchon à Nantes, le 2 décembre 2014.
Jean-Luc Mélenchon à Nantes, le 2 décembre 2014. — JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP

Il récidive à peu près tous les deux ans. Dans Voici en 2010, il disait tout le bien qu’il pensait de Carla Bruni. A Gala en 2012, il confessait vouloir écrire un roman d’amour. Ce vendredi, c'est sur le papier glacé d'un autre magazine people, un poil plus sulfureux, Closer, que Jean-Luc Mélenchon se confie. «Tout est parti d’un pari» en février dernier quand, après le scandale Hollande-Gayet, il avait dit, sur le ton du défi, qu’il irait bien parler chez Closer, se souvient pour 20 Minutes Laurence Pieau, la directrice de la rédaction de l’hebdomadaire. Elle a saisi la balle au bond et quelques mois après, le leader du Front de gauche parle de son cheminement vers le féminisme tout en critiquant le travail du dimanche dans les pages de l'hebdomadaire…

>> Lire l'interview de Laurence Pieau

C'est «le premier homme politique de cette envergure» à accorder un entretien à l'hebdomadaire, se félicite-t-elle. Car en matière de communication, comme ailleurs, Jean-Luc Mélenchon aime provoquer, transgresser, sortir du cadre. L’an dernier, en mai 2013, le leader du Front de gauche était aussi le premier politique à se rendre sur le plateau de Touche pas à mon poste pour écouter les blagues potaches de Cyril Hanouna.

A la recherche du peuple

Et pourtant, l'ex-candidat à la présidentielle n'a jamais de mot assez dur pour villipender le travail de la presse people quand lui protège jalousement sa vie privée. «S'il méprise ces journaux, il n'a pas de mépris pour leur lectorat», explique un observateur. Car pour lui, c’est un moyen de rentrer chez les coiffeurs, dans les salles d’attente des médecins, d’accompagner les Français en vacances. Surtout ceux qui ne sont pas forcément lecteurs du Monde ou téléspectateurs assidus de Mots-Croisés.

«Il va à Closer pour parler aux lecteurs de Closer», commente-t-on sobrement dans son entourage, tout en mettant en avant l’intérêt de parler à des personnes qui sont plutôt dans un moment de détente. Quoi de plus logique, aussi, pour celui qui se veut le guide du «peuple» pour mener la «révolution citoyenne», que d'aller sur son terrain. Une manière aussi de s’assurer quelques reprises médiatiques, alors que dans son entourage, on rappelle qu’il a donné une interview au Monde la semaine dernière, la première depuis un an, qui a à peine été relevée.

Un gain d'image

Laurence Pieau résume plus crûment les enjeux, même si elle salue son «initiative de parler sans tabou à un magazine people»: «En audience globale, on pèse neuf millions de lecteurs. Aucun homme politique ne peut ignorer la puissance de notre magazine.»

Si pour Mélenchon l’opération est un bon coup, Closer y trouve évidemment aussi son compte. «Une interview, c’est un pacte: d’un côté, Closer, surtout après l’épisode Philippot, se rachète une forme de respectabilité et de reconnaissance. De l’autre côté, Mélenchon peut dire: "Voyez comme je suis transgressif"», analyse Christian Delporte, professeur d’histoire contemporaine et directeur de la revue Le temps des médias. D'autres interviews viendront, même si l'expérience n'a pas vocation à se renouveler chaque semaine. Jusqu'à ce que le pacte gagnant-gagnant pour l'instant soit rompu par l'une des deux parties: des politiques dont les secrets d'alcôve auraient été trop trahis ou des journaux qui considèrent que le gain d'image ne vaut pas une éventuelle perte de lecteurs.