Sébastien Chenu de Gaylib, la «prise de guerre» de Marine Le Pen

FRONT NATIONAL Le transfert de cet ancien militant gay UMP pourrait créer des remous dans la vague bleu marine...

T.L.G.

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Capture d'écran Dailymtion, Sébastien Chenu pendant les cantonales en 2011.
Capture d'écran Dailymtion, Sébastien Chenu pendant les cantonales en 2011. — Capture Dailymotion / 20 Minutes

Le ralliement en a surpris plus d’un. Sébastien Chenu, l'un des fondateurs de Gaylib, mouvement de défense des droits des homosexuels, a annoncé jeudi qu’il rejoignait le Rassemblement bleu marine (RBM) de Marine Le Pen. «Je me sentais de plus en plus fortement en décalage avec l'UMP sur deux sujets. D'abord la question européenne -l'UMP a accepté une soumission totale à l'Europe technocratique- mais aussi sa position sur le mariage homosexuel, consternante. L'UMP est devenue le Tea party français, un parti conservateur», explique à l'AFP l’ancien secrétaire du parti de droite.

Dédiabolisation

«Ce n’est qu’une étape de plus dans la dédiabolisation du Front National», relativise Nicolas Lebourg, historien spécialiste de l’extrême droite. «Marine Le Pen avait déjà marqué une rupture avec les nationaux-catholiques du parti, jugés ringards notamment sur les questions de sexualité». La présidente frontiste devrait présenter sa nouvelle recrue vendredi après-midi lors d'une conférence de presse. «Le rassemblement des patriotes est en marche!», s’est déjà félicité Florian Philippot sur Twitter.

«Il y a une présence homosexuelle au Front National. Jean-Marie Le Pen lui-même ne prêtait pas attention à la sexualité des gens. Ce qu’il n’aimait pas, en revanche, c’est "l’homosexualisme", ceux qui revendiquent des droits, qui politisent leur sexualité», ajoute l’historien.

Le profil de Sébastien Chenu fait grincer les dents de certains caciques du Front. «Je suis extrêmement étonné, pour ne pas dire stupéfait. Le reste de mes réactions je les réserve à notre présidente demain», s’agace Bruno Gollnisch.

«Il incarne tout ce que nous avons combattu»

Marine Le Pen valide le transfert d'un homme qui fut l’un des rares à droite à soutenir le mariage gay, alors que le FN est pour l’abrogation et opposé à tout communautarisme. «Il se déclarait européiste, militait contre le rapprochement de la droite avec le FN… Il incarne tout ce que nous avons combattu depuis des années. Je sais bien que Saint Paul est subitement devenu un apôtre du christianisme sur le chemin de Damas… mais de là à lui confier un secteur aussi essentiel», déplore l'eurodéputé frontiste.

Sébastien Chenu devrait animer un collectif sur la culture au sein du RBM. Mais la prise de guerre pourrait faire naître des tensions entre les deux tendances qui se dessinent au sein du parti. Les nationaux-républicains, incarnés par Florian Philippot, et les libéraux-conservateurs de Marion Maréchal-Le Pen avaient déjà montré des dissensions lors des manifestations contre le mariage pour tous. «Le parti a besoin de cadres», indique Nicolas Lebourg. «Au-delà du storytelling sur la vague qui va tout balayer, le FN est un bateau sans risque qui aura bientôt des postes à distribuer».