Sans faire campagne, Le Pen occupe le terrain

Sandrine Cochard

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Le candidat FN à la présidentielle Jean-Marie Le Pen a suggéré vendredi la négociation d'un "nouveau traité de Rome", pour remplacer la "méduse molle" qu'est devenue selon lui l'Union européenne (UE).
Le candidat FN à la présidentielle Jean-Marie Le Pen a suggéré vendredi la négociation d'un "nouveau traité de Rome", pour remplacer la "méduse molle" qu'est devenue selon lui l'Union européenne (UE). — Martin Bureau AFP

Alors que Jean-Marie Le Pen est crédité de 13% d’intentions de vote, le spectre du 21 avril pousse médias et blogosphère à la vigilance. Le quotidien «Libération» analyse ainsi «La silencieuse ascension du Front national» craignant un «traquenard Le Pen» susceptible de rejouer la même scène qu’il y a cinq ans.

«Sans se fatiguer à faire campagne, Jean-Marie Le Pen profite des thématiques mises en avant par ses concurrents pour affermir son influence,» souligne le journal. Avec une stratégie de la rareté qui a déjà fait ses preuves en 2002 et fait craindre une répétition de l’Histoire à certains blogueurs, notamment Nicolas Voisin sur Nues blog. Selon lui, chaque candidat du quartet de tête (Nicolas Sarkozy, Ségolène Royale, François Bayrou et Jean-Marie Le Pen) serait crédité d’environ 20% d’intentions de vote. Une rumeur dont il ne donne cependant pas la source.

Eclipsé par Sarkozy

Un mouchoir de poche que tempèrent les instituts de sondages, dont les études sont sous le feu des critiques depuis le outing électoral des votants Front national en 2002. «Je pense qu’on a tort d’être obsédé par ce vote. Il n’y a aujourd’hui aucune raison pour que Jean-Marie Le Pen ait un score comparable à celui de 2002,» affirme Jérôme Sainte-Marie, directeur de BVA Opinion, pour qui les récents incidents de la gare du Nord n’ont pas profité au leader d’extrême droite mais… à Nicolas Sarkozy.

Une tendance confirmée par Jean-François Doridot, directeur d’Ipsos public affairs pour qui 20 à 30% des électeurs ayant voté pour Le Pen en 2002 se déclarent aujourd’hui derrière le candidat UMP: «La campagne menée par Nicolas Sarkozy est très à droite, donc bien perçue par l’électorat du Front national.»

Un deuxième tour plus cher

Un transfert qui peut évoluer. Car le candidat frontiste dispose encore d’un «terreau de vote» bien installé, selon «Le Monde» «Jean-Marie Le Pen n'a pas besoin de parler ou d'apparaître dans les médias. Ceux qui sont susceptibles de voter pour lui ne suivent pas sa campagne: sans l'écouter, ils ont retenu depuis longtemps son message sur la défense des Français et le rejet de la classe politique actuelle.»

Et si Jean-François Doridot estime que le candidat frontiste ne sera pas présent au second tour, qui devrait afficher un ticket d’entrée à «20 voire 22% des suffrages», Jean-Marie Le Pen, lui, n’en démord pas et s’y voit déjà.