Emmanuel Macron, le social-libéral qui fracture la gauche

ECONOMIE Avec sa loi de libéralisation de l'économie, le ministre est sous le feu des critiques...

Thibaut Le Gal

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Emmanuel Macron, ministre de l'Economie, le 5 décembre 2014.
Emmanuel Macron, ministre de l'Economie, le 5 décembre 2014. — PATRICK KOVARIK / AFP

Le bleu à l’épreuve du feu. Emmanuel Macron a présenté ce mercredi en conseil des ministres son texte de loi visant à libéraliser l’économie française. Peu rodé au débat parlementaire, le jeune ministre subit les tirs des professionnels, des syndicats, et d'une partie de la classe politique.

«J’aurais dit qu’il était de centre-droit»

«On va savoir s’il a les épaules pour le poste», lâche Julien Aubert, député UMP du Vaucluse sorti de la même promotion à l'ENA. «Je crains, malheureusement pour lui, que ce baptême du feu ressemble à un chemin de croix, car la droite n’est pas convaincue, et une partie de sa majorité s’y oppose», prévient-il.

A 36 ans, Emmanuel Macron est un novice en politique, mais son CV donne le vertige: lycée Henri IV, Sciences Po, ENA (promotion Léopold Sédar Senghor), Inspection générale des Finances. Ce fils de médecin gravit les étapes du cursus honorum, s’autorisant même un DEA de philosophie politique consacré à Hegel. «C’est un type brillant. Il a un certain charisme. C’est une personnalité solaire, agréable, qui exerce une forme de séduction. On se doutait qu’il allait faire une belle carrière politique», développe son camarade de promo. Restait à savoir dans quel camp. Dans les couloirs de l’école, le jeune Macron fait parti de ceux qui, par prudence, n’affichent pas leur sensibilité politique. «J’aurais dit qu’il était de centre-droit», s’amuse Julien Aubert.

Un «bébé Attali»

Sorti de l’ENA, il se forme au sein de la banque d'affaires Rothschild, et se nourrit au biberon social-libéral de Jacques Attali, qui le nomme le rapporteur de la commission pour la libération de la croissance en 2007. Impressionné, l'économiste le présentera à François Hollande trois ans plus tard. «Un garçon de cette qualité humaine et intellectuelle, je n'en ai pas rencontré tous les dix ans», dit de lui l’ex-conseiller de François Mitterrand, qui lui promet un destin présidentiel.

La loi Macron puise d'ailleurs largement dans le rapport Attali. «Emmanuel Macron correspond peut-être a une inclinaison de la société française, qui pense que l’ouverture des marchés et davantage de libéralisme permettront de résoudre tous nos problèmes», déplore Yann Galut. «La dérégulation des professions réglementées, c’est la demande des ultralibéraux depuis des années», regrette le député frondeur, qui précise toutefois que tout n’est pas à jeter dans cette loi.

«Banquier Rothschild»

La droite peine à trouver des angles d'attaque. «Il sera jugé sur le retour à la croissance, qui reste au niveau 0 aujourd’hui», assure Geoffroy Didier. «Il a de bonnes idées mais il appartient à une majorité qui ne lui permettra pas de les mettre en œuvre. Est-il vraiment de gauche?», ajoute-il malicieusement. Le cofondateur de la Droite forte sait que la nomination du «banquier Rothschild» est un symbole qui a marqué une partie de la gauche. 

«L’entourage de François Hollande est rempli de personnes qui n’ont jamais été socialistes, où alors de manière très discrète», taclait récemment la sénatrice PS Marie-Noëlle Lienemann. «Il y a toujours des gens pour conduire des procès ad hominem. On ne juge pas les personnes sur leur passé mais sur leurs actes. Qui se souvient qu’Henri Emmanuelli, qui incarne l’aile gauche du PS, est aussi passé par Rothschild?», répond le député PS Olivier Faure.

Pour faire sa loi, le ministre devra éviter les polémiques qui ont terni son image depuis trois mois. «Le monde médiatique est très dur, on vous lapide. Les critiques l’atteignent forcément», note Julien Aubert . Un ministre conseille son collègue à l'AFP. «Il n’a pas encore tous les codes […], il lui manque un peu de roublardise».