UMP: Sarkozy, ou le grand rassemblement (de façade?)

POLITIQUE Les ténors de l'UMP ont pris soin de se montrer rassemblés depuis l'élection de Nicolas Sarkozty...

Thibaut Le Gal

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Nicolas Sarkozy au côté d'Alain Juppé le 3 décembre 2014 au siège de l'UMP à Paris
Nicolas Sarkozy au côté d'Alain Juppé le 3 décembre 2014 au siège de l'UMP à Paris — Thomas Samson AFP

L’UMP ou la comédie du bonheur? Depuis son élection à la tête du parti, Nicolas Sarkozy se fait acteur et metteur en scène du rassemblement de sa famille politique. En début de semaine, l’ancien chef de l’Etat a pris soin de rencontrer les cadres d’une droite éclatée depuis deux ans. Bruno Le Maire, Xavier Bertrand, François Fillon, Alain Juppé… tous ont défilé au siège de la rue de Vaugirard. Sur le perron, sourires et poignées de main amicales s’enchaînent. «Vu le contexte, il y a manifestement eu de la part de Nicolas Sarkozy la volonté de faire les choses avec attention», sourit Hervé Mariton. «On ne peut que se féliciter de ces moments de courtoisie». 

Comité naphtaline

«C’est formidable! Dans ce parti, il n’y a que des amis. Tout va bien! Tout le monde se parle, c’est chaleureux !», ose Jean-Pierre Raffarin, (sur)jouant le bonheur, à la sortie du premier bureau politique mercredi. «Nicolas Sarkozy n’a pas le choix. Il a pris le parti avec une victoire plus étriquée qu’il n’espérait. Il doit montrer qu’il œuvre pour le rassemblement», décrypte Christian Delporte, historien spécialiste de la communication politique.

Même Dominique de Villepin, descendu de son croc de boucher, sera convié au comité des anciens Premiers ministres. L’idée fait un flop. François Fillon et Alain Juppé refusent d'y entrer, voyant dans ce «comité naphtaline» un piège concocté par leur rival. Mais l'essentiel est sauf. «Nicolas Sarkozy ne se faisait aucune illusion. La proposition visait à montrer qu’il souhaite enterrer la hache de guerre», développe Christian Delporte.

«Les militants ont voté pour la confusion des idées, ils l’ont»

«La seule chose qui pouvait diviser notre parti politique, c’est la primaire», indique-t-on dans le camp Le Maire. Nicolas Sarkozy a donné des gages aux ténors du parti en confiant l’organisation à Thierry Solère, un proche de son ancien ministre de l'Agriculture. «C’était l’une des inconnues», reconnaît Eddy Fougier, politologue à l’Iris. «Certains à l’UMP craignaient que l’ancien président écrase le scrutin interne avec 80% des voix, lui permettant de passer outre».

Dans la foulée, le patron de l’UMP constitue son équipe, tentant de ménager toutes les sensibilités. Il crée un monstre à deux têtes. Nathalie Kosciusko-Morizet devient vice-présidente, Laurent Wauquiez secrétaire général. Officiellement, NKM est numéro deux, mais à l’UMP on s’interroge. Car traditionnellement, le secrétaire général a la main sur les fédérations, les élections, et les adhérents. «Avec Nicolas Sarkozy, les militants ont voté pour la confusion des idées, ils l’ont. On ne sait toujours pas quelle est la ligne du parti», raille un proche de Bruno Le Maire.

«Les tensions existent»

Tout semble opposer la centriste NKM du droitier Wauquiez. «L’élection interne a révélé un besoin d’unité et d’équilibre. Il y a deux lignes qui s’affrontent au sein de notre parti», reconnaît Jean-François Lamour. «A nous d’avancer pour définir maintenant notre socle de pensée», ajoute le filloniste. «A un moment, il faudra énoncer une offre politique claire. Qu’elle ne soit pas calée aujourd’hui n’est pas scandaleux», tempère Hervé Mariton. «Le débat devra être tranché par le vote des militants».

Combien de temps durera l'idyllique rassemblement? «Les tensions existent. Il fallait montrer des signes d’apaisement, chacun y a mis du sien», se satisfait Jean-François Lamour. Reste à savoir quand les lions se réveilleront.