Disparition de Jacques Barrot, chrétien démocrate et humaniste

POLITIQUE «20 Minutes» revient sur le parcours de l'homme politique décédé ce mercredi à l'âge de 77 ans...

Anissa Boumediene

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L'ancien commissaire européen Jacques Barrot, en 2008 à Bruxelles
L'ancien commissaire européen Jacques Barrot, en 2008 à Bruxelles — Dominique Faget AFP

«Une grande figure» et «un sage parmi les sages». C’est en ces termes que Hollande a rendu hommage à Jacques Barrot, l’ancien ministre centriste décédé subitement ce mercredi dans le métro parisien, à l’âge de 77 ans. 20 Minutes dresse le portrait de cet Auvergnat qui n’a jamais quitté la sphère politique.

La politique en héritage

Né à Yssingeaux (Haute-Loire) en 1937, Jacques Barrot ne quitte son Auvergne natale que lorsqu’il part étudier le droit à Aix-en-Provence. Diplômé de Sciences Po et titulaire du Certificat d'aptitude à la profession d'avocat (CAPA), il n’a pourtant jamais revêtu la robe. Jeune homme, il s’est très vite tôt intéressé à la politique, qu’il a reçue en héritage. Son père, Noël Barrot, ancien résistant, est député de Haute-Loire. En 1967, alors qu’il n’est que conseiller municipal à Yssingeaux, il est élu à 30 ans député dans la circonscription de son père quelques mois après le décès de ce dernier. Un siège qu’il occupera sans discontinuer jusqu’en 2004.

Centriste convaincu

Outre sa vie parlementaire, Jacques Barrot a plusieurs fois occupé de fonctions ministérielles. Centriste convaincu, il officie sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing, d’abord au poste de secrétaire d’Etat au Logement de 1974 à 1978, puis à ceux de ministre du Commerce et de l’Artisanat en  1978-1979 et de Santé et la sécurité sociale (1979-1981). Il investit de nouveau un ministère une quinzaine d’années plus tard, sous Jacques Chirac cette fois, au Travail et aux Affaires sociales (1995-1997).

Dans un communiqué de l'Elysée, le président de la République a fait part de sa « vive émotion », saluant «une grande figure de la famille centriste en France et de la démocratie chrétienne européenne». Figure emblématique du centre-droit, Jacques Barrot avait écopé d’une peine de huit mois de prison avec sursis pour avoir tenu un rôle dans le financement illégal de son parti, leCentre des démocrates sociaux (CDS).

Entre Europe et Constitution

En 2004, Jacques Barrot est nommé vice-président de la Commission européenne, aux côtés du président José Manuel Barroso. Il cède alors son siège de député à son suppléant, un certain Laurent Wauquiez. Quatre ans plus tard, il remplace Franco Frattini dans ses fonctions de commissaire à la Justice, à la Liberté et à la Sécurité. Un poste qu’il n’occupe pas dans la Commission Barroso II.

Quelques mois plus tard, en 2010, Bernard Accoyer, président de l'Assemblée nationale, le nomme au Conseil constitutionnel pour succéder à Pierre Joxe.

Chrétien-démocrate et humaniste

Fervent catholique, démocrate humaniste dont la sœur était religieuse, nourrissait son engagement politique d’«une foi profonde». En 2012, il signait d’ailleurs De l’indignation à l’engagement (Cerf), un livre sur les rapports entre foi et politique. Sensible et peu adeptes des petites phrases qui dominent le débat politique, il était apparu en pleurs le 21 avril 2002 face aux caméras, lorsque Jean-Marie Le Pen s’était retrouvé au second tour de l’élection présidentielle.

«Nous sommes nombreux à perdre un ami et un exemple, a confié Jean-Christophe Lagarde, président de l’UDI. Jacques était un humaniste et un démocrate-chrétien comme moi et c’est à ses côtés, au CDS, que j’ai débuté mon engagement politique».