Juppé, Johnny, Deneuve... Pourquoi les septuagénaires ont la cote

SOCIÉTÉ De Johnny à Juppé en passant par Catherine Deneuve, ces fringants septuagénaires ont la côte auprès des Français. Des personnalités qui représentent une valeur refuge en temps de crise...

Maud Pierron

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Johnny Hallyday, Eddy Mitchell et Jacques Dutronc, le 5 novembre 2014 à Bercy.
Johnny Hallyday, Eddy Mitchell et Jacques Dutronc, le 5 novembre 2014 à Bercy. — SIPA

A eux trois, ils ont 214 ans! Ce qui ne les a pas empêchés de remplir Bercy cinq  soirs de suite. Johnny Hallyday, Jacques Dutronc, Eddy Mitchell, ces fringants septuagénaires font plus que jamais chavirer les foules. Du haut de ses presque 70 ans, (il les aura le 15 août prochain) Alain Juppé toise ses concurrents UMP dans la course à 2017, armé de ses très bons sondages. Le magazine branché GQ  en a même fait sa personnalité politique de l’année. Et au printemps dernier, des photos sexy de Catherine Deneuve et ses insoupçonnables 70 ans, avaient fait le buzz. Et ce n’est pas fini: en 2015, un autre septuagénaire, Alain Souchon, remontera sur scène avec son comparse Laurent Voulzy…

L’âge n’est plus une barrière pour ces supers séniors, au contraire, ils ont même la côte. Evidemment, au niveau démographique, il y a une certaine logique: les plus de 65 ans représentent 18% de la population et les plus de 75 ans 9%. Mais ce n'est pas tout. «La pérennité de ces personnes, qu’on a vu évoluer, rassure dans cette société du jetable et en crise, avance le sociologue spécialiste des séniors Serge Guérin*.

«Le "jeunisme" prend un coup de vieux !»

Ces septuagénaires, qui ont fait leur preuve dans le temps, qui ont pu traverser des tempêtes pour mieux s’en relever, sont aussi une valeur refuge quand tout est en mutation. «Le "jeunisme" prend un coup de vieux!», confirme le sociologue spécialiste de la famille François de Singly même s’il faut faire attention à ne pas tomber dans l’excès inverse, «une nostalgie où tout est bon pour glorifier le passé, comme si rien de nouveau sous le soleil de l’hexagone ne pouvait éclore».

L’autre écueil est de considérer que tous les âgés sont logés à la même enseigne. Car si la société a un regard bienveillant sur les Johnny and co, il n’en est pas de même sur le grand-père ou le voisin de palier aux cheveux blancs. «C’est toujours pareil, il y a un décalage entre les représentations culturelles des gens et la réalité. On se dit souvent qu’à 70 ans on est ringards, vieux ou malades, alors que la réalité est bien différente: on est plus jeune dans la tête et dans le corps», relève Serge Guérin.

«Quand on n'a plus d'activité, on n'est plus rien»

D’ailleurs, note François de Singly, «ces septuagénaires qu’on aime sont ceux qui sont toujours actifs. Ils incarnent une sorte d’immortalité, ils remettent en cause les frontières de l’âge. Les Souchon, Juppé, Johnny témoignent qu’on a le droit non seulement à une seconde chance à l’école ou dans la vie conjugale, mais aussi à un troisième âge d’activité.»  Dans la «vraie vie», les seniors sont un des piliers de la vie associative et passer le cap des 70 ans n’y change rien.

L’association ECTI, par exemple, compte 2.500 bénévoles dont la moyenne d’âge est 70 ans. Son credo: des bénévoles retraités mettent leur expérience à profit pour accompagner le développement des PME. «On aide et cela nous permet d’évoluer, de rester en contact avec la société», explique Claude Bounatirou, le responsable des relations extérieures de l’association, âgé de 74 ans. 

«A 70 ans, il nous reste encore dix ou quinze ans. Partir en voyage, c’est bien, mais on ne peut pas faire ça toute sa vie», s’exclame Bernard Cottrant, un autre bénévole. «La France n’aime pas ses vieux. Alors au premier abord, on ne vous prend pas forcément au sérieux, mais une fois qu’ils comprennent qu’on est compétents, tout va pour le mieux», explique-t-il. Pour lui aussi, il s’agit «de rester dans le coup» tout en «aidant les entreprises, son pays». Et, lâche-t-il, «On n’existe que si on est utile. Quand on a plus d’activité, on n’est plus rien».

*: La Nouvelle Société des seniors, édition Michelon