Propos de Sarkozy sur Rachida Dati : «Une interprétation injuste et erronée, mais c'est de sa faute»

POLITIQUE Le politologue Thomas Guénolé analyse les propos polémiques de l’ex-président de la République sur les origines de Rachida Dati… 

Propos recueillis par Anissa Boumediene

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Nicolas Sarkozy en meeting à  Boulogne Billancourt.
Nicolas Sarkozy en meeting à Boulogne Billancourt. — ZIHNIOGLU KAMIL/SIPA

«Dati, avec père et mère, algérien et marocain, pour parler de la politique pénale, ça avait du sens»Ce devait être une manière de louer ses valeurs de parité et de diversité, mais Nicolas Sarkozy n’a pas vu venir la déferlante qu’il a provoquée avec ces quelques mots. Tweets assassins, critiques à gauche et embarras d'une partie de la droite: la sortie de Nicolas Sarkozy durant son meeting mardi soir à Boulogne-Billancourt n'a pas eu l'effet escompté. Couac de communication ou racisme? Le politologue Thomas Guénolé, auteur de Nicolas Sarkozy, chronique d'un retour impossible ? (First), s'est penché sur la question pour 20 Minutes.

Qu’a vraiment voulu dire Nicolas Sarkozy?

Il a voulu rappeler qu’il avait fait de la discrimination positive, et honnêtement, je ne pense pas qu’il ait voulu dire plus que ça: c'est ce qui l'a motivé à nommer Rachida Dati ou encore Rama Yade dans son gouvernement.

D'ailleurs, François Hollande lui-même n'a pas fait autre chose en nommant Najat Vallaud-Belkacem ministre de l’Education nationale, c’est un choix de symbole. Idem avec Fleur Pellerin, elle aussi issue d’une minorité visible. De même, le ministre des Anciens combattants est souvent un Harki, même chose pour le ministère de l’Outre-mer, généralement confié à un Ultramarin. Il y a en France un débat hypocrite autour de la discrimination positive. C’est un fait, il y a du racisme dans notre pays, une discrimination sociale et à l’embauche, surtout à l’encontre des Noirs et des Arabes. La discrimination positive est une manière de combattre cela et dans les faits, elle est déjà largement pratiquée: de nombreuses entreprises ont signé des chartes de diversité et pas une organisation internationale n’y échappe.

Alors pourquoi ses propos ont-ils été interprétés comme racistes?

La façon même dont il a tourné cette phrase se prête à des lectures dérangeantes du genre «Avec tous ces Arabes qui sont délinquants, nommer une Maghrébine au ministère de la Justice fait sens», ou «Rachida Dati n’a été nommée ministre que parce qu’elle est arabe, sans considération de compétences», même si je suis convaincu que ce n’est pas ce qu’il a voulu dire. Ce qui a engendré cette surinterprétation, c'est entre autres, la fameuse «ligne Buisson», mais surtout le discours que Nicolas Sarkozy tient depuis vingt-cinq ans sur l’immigration, l’islam, sécurité ou encore la laïcité. Il y a objectivement chez lui matière à constater une auto-lepénisation de sa ligne politique, ce qui explique les réactions à cette phrase. Mais dans le cas présent, ramener ses propos à une saillie raciste est injuste et erroné, même si c'est de sa faute. C'est un couac, comme pour sa position sur la loi Taubira.

Surinterprétation ou pas, quelles conséquences cette phrase peut-elle avoir pour lui dans sa course à la présidence de l’UMP et dans l'optique de 2017?

Aucune! Les partisans de Nicolas Sarkozy sont plutôt pour une lepénisation de la droite, et ceux qui sont plus proches de la droite humaniste resteront acquis pour une première échéance à Bruno Le Maire puis à Alain Juppé. Et dans l’optique éventuelle de 2017, assurément, ces propos feront partie du faisceau d’indices déjà bien fourni qui servira à faire son procès en lepénisation de la droite.