Popularité: Alain Juppé plane mais attention à l'atterrissage

POLITIQUE Le maire de Bordeaux est en pleine bourre à droite mais attention à bien négocier la dynamique sur la durée dans la perspective de la présidentielle 2017...

Maud Pierron
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Alain Juppé le 10 octobre 2014 à la mairie de Bordeaux.
Alain Juppé le 10 octobre 2014 à la mairie de Bordeaux. — N. TUCAT / AFP

Il boit du petit-lait en ce moment. Le magazine GQ l’a distingué ce mercredi «homme politique de l’année 2014». Fin septembre dernier, le maire de Bordeaux avait déjà reçu le prix de l’humour politique pour sa saillie «en politique on n’est jamais fini, regardez moi!» tandis que de nombreux sondages le placent désormais quasiment toujours devant Nicolas Sarkozy pour 2017. Si bien que les Inrocks, le magazine de gauche, lui a consacré sa «Une» la semaine dernière, barré d’un imposant «Juppémania».

Alors Alain Juppé plane et balance sur ses adversaires, du moins son adversaire, le seul qu’il envisage, Nicolas Sarkozy. Entre lui et l’ex-président, «ça se jouera sur la personnalité», explique-t-il à GQ, laissant entendre qu’aux points, il serait largement vainqueur. Dans le Canard Enchaîné, l’ex-Premier ministre se fait bien plus explicite, se réjouissant des déclarations de Nicolas Sarkozy prônant l’«abrogation» de la loi Taubira, ce que beaucoup considèrent comme un faux pas. «Sarkozy ironisait sur mon âge, me traitait de vieux, mais avec sa glissade sur le mariage homosexuel, c'est lui qui apparaît comme ringard et conservateur. Merci Sarkozy!», a-t-il lâché devant ses proches.

Bien vu à gauche

Des proches qui d’ailleurs ne cachent pas leur satisfaction, quand ils comparent leur champion à l’ex-Président. «Alain Juppé a plutôt bien réussi son entrée dans l'atmosphère, ça a l'air plus compliqué pour Sarkozy et encore plus pour François Fillon», a relevé le député UMP Benoist Apparu dans l’émission Direct Politique en partenariat avec 20 Minutes. Et de préciser, toujours avec un petit tacle à l’intention de Nicolas Sarkozy: «L’enjeu n'est pas de savoir si on va draguer à droite, à gauche ou je ne sais quoi, mais de savoir ce qu'il faut proposer au pays. Alain Juppé, lui, dit exactement la même chose à Valeurs Actuelles et aux Inrocks

Et aux Inrocks, Alain Juppé avait lâché une petite bombe: il a confié être, «après mûre réflexion», «favorable» sous certaines conditions à l'adoption pour les couples homosexuels. Ce qui avait fait dire à Marion Maréchal Le Pen qu’il est le candidat du «système» et qu’il donne ainsi des «gages au PS» en vue de 2017.

En clair, qu’il a des visées électorales sur les déçus de François Hollande, plutôt du centre gauche. Dans le baromètre Ifop sur la popularité des personnalités politiques de novembre, Alain Juppé est 2e avec 67% de bonnes opinions (juste derrière Jack Lang à 68%) et il obtient en effet d’excellents scores chez les sympathisants PS, 67% et chez les sympathisants d’Europe Ecologie-Les Verts, 68%.

Penser à la primaire plutôt qu'à la présidentielle

Juliette Meadel, l’une des porte-parole du PS, juge que cette Juppémania à gauche «est un phénomène très largement gonflé». «Il doit sans doute plaire à une partie de la gauche sociale-libérale (...) il a un côté plus rassurant que Sarko», a-t-elle expliqué à l’AFP.

Et le sociologue Philippe Braud, interrogé par l'AFP, estime que s'il peut grappiller quelques électeurs socialistes, les déçus de François Hollande sont plutôt à chercher «sur sa gauche» qui, eux, se «réfugieront plutôt dans l'abstention». Et d’ailleurs, l’entourage de Juppé ne cherche pas à avaliser cette idée d’un candidat qui pourrait plaire à la gauche et qui serait donc plus rassembleur dans l’absolu qu’un Sarkozy jugé clivant. Car avant de penser au second tour de la présidentielle devant les Français, encore faut-il remporter la primaire devant son camp.

Surtout, il reste deux ans et demi avant la prochaine présidentielle. En novembre 2009, soit deux ans et demi avant la présidentielle 2012, François Hollande ne recueillait l'assentiment que de 17% des sympathisants PS et EELV en vue de 2012... Loin derrière Ségolène Royal (22%), Bertrand Delanoë (27%) ou DSK (52%).