Abrogation de la loi Taubira: La position de Nicolas Sarkozy critiquée

MARIAGE POUR TOUS La classe politique désapprouve la position de l'ex-président qui s'est prononcé en faveur d'une abrogation de la loi Taubira, qui a institué le mariage pour tous...

A.B. avec AFP
— 
Nicolas Sarkozy lors d'un meeting organisé par l'association Sens commun le 15 novembre 2014 à Paris
Nicolas Sarkozy lors d'un meeting organisé par l'association Sens commun le 15 novembre 2014 à Paris — Dominique Faget AFP

Il avait jusqu'à présent refusé de prendre position sur la question. Mais samedi, lors d'un débat organisé par Sens commun, une association née au sein de l'UMP dans le sillage de la Manif pour tous, Nicolas Sarkozy a plaidé pour une «réécriture de fond en comble de la loi Taubira» et a même employé pour la première fois le terme d'«abrogation», après avoir été chahuté par l'assistance qui réclamait une position plus radicale. 

La gauche lui est immédiatement tombée sur le palelot, l'accusant de céder à la frange la plus radicale de l'UMP. La droite n'épargne  pas non plus l'ex-président, et même ses soutiens historiques se désolidarisent.

Fustigé à gauche

C'est un «coming out homophobe», a dénoncé Pierre Laurent (PCF), jugeant que Nicolas Sarkozy avait «cédé» à des militants d'«ultra-droite». Emmanuelle Cosse (EELV), elle, a jugé lundi «absolument navrant que Nicolas Sarkozy utilise les homosexuels à des vues politiciennes». 

«Si je comprends bien, il est dans une salle, il prononce une phrase, la foule présente dans la salle dit autre chose et lui finit par dire comme la foule. Ce n'est pas du tout ma conception de la politique», s'est moqué le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve, estimant que «lorsqu'on a des convictions, on fait en sorte que la foule s'y rallie, on n'épouse pas les convictions de la foule».

Pour Juppé, «Abroger la loi n'est pas une bonne idée»

«Je crois que dans l'évolution de nos sociétés, nous avons franchi une étape, l'idée que deux personnes du même sexe peuvent s'aimer et donc demander à bénéficier d'un statut officiel, le mariage (...). Cette aspiration-là fait partie des acquis et on ne reviendra pas dessus», a déclaré Alain Juppé. «C'est la raison pour laquelle je pense qu'abroger la loi Taubira n'est pas une bonne idée», a-t-il répondu aux journalistes qui l'interrogeaient en marge d'une conférence de presse.

Parler d'abrogation, «c'est mentir aux Français», a martelé Franck Riester, l'un des deux seuls députés UMP à avoir voté la loi Taubira. Bruno Le Maire, lui, a réaffirmé sa position et appelé à ne «pas traiter les Français comme autant de clientèles».

Le député UMP Frédéric Lefebvre, ancien très proche de Nicolas Sarkozy, a enfoncé le clou: «avec le PACS, nous avons collectivement à droite raté le coche de la modernité. (...) Soyons sérieux et sincères. Cessons d'entretenir des débats d'un autre temps».

Lâché à droite

S'il n'attend rien de son rival bordelais, Nicolas Sarkozy peut d'habitude compter sur de fervents soutiens au sein de sa famille politique, mais depuis sa déclaration de samedi, nombreux sont ses proches à se désolidariser de cette position. «Je ne suis pas du tout d'accord avec cette orientation. (...) Je crois que l'abrogation de la loi Taubira n'est ni souhaitable, ni possible», a déclaré Nathalie Kosciusko-Morizet, pourtant très proche de l'ancien président. Autre supporter de Nicolas Sarkozy, l'eurodéputée Nadine Morano a ce week-end jugé sur Twitter que «les Français attend(aient) d'autres priorités que la réécriture de la loi Taubira». Valérie Pécresse, ancienne ministre sarkozyste, a estimé que «l'abrogation n'est pas humainement réaliste». Christian Estrosi a de son côté tenu à rappeler que le mariage homosexuel est «une avancée» et qu'il fait «partie de ceux qui disent que nous ne reviendrons pas sur le mariage pour tous».