Pourquoi la majorité ne se mobilise pas pour défendre le soldat Jouyet

MAJORITE Jean-Pierre Jouyet, de par son itinéraire, peut agacer au sein du PS, où l'on ne se bouscule pas pour le défendre. Mais c'est surtout sa gestion de la polémique Fillon qui irrite ...

Maud Pierron

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Le secrétaire général de l'Elysée Jean-Pierre Jouyet sur le péron du palais présidentiel à Paris, le 15 mai 2014
Le secrétaire général de l'Elysée Jean-Pierre Jouyet sur le péron du palais présidentiel à Paris, le 15 mai 2014 — Alain Jocard AFP

Enfin! Jean-Pierre Jouyet aura dû attendre mercredi pour avoir un soutien massif de la part du gouvernement. Une Ségolène Royal qui affirme qu’il est «bien sûr» toujours soutenu par l’Elysée à la sortie du conseil des ministres, un Stéphane Le Foll qui affirme dans la foulée en compte-rendu des conseils des ministres qu’il «est le secrétaire général de l'Elysée, il le reste» ou encore l’image d’un Manuel Valls s’affichant tout sourire avec celui sur lequel les critiques de la droite s’abattent sur le perron de l’Elysée; alors que la veille il avait refusé de commenter – dans un sens ou l’autre – l’affaire.

Jusque-là, les soutiens étaients clairsemés. Jean-Christophe Cambadélis a réagi  déjà tardivement, lundi soir sur le thème de la «manœuvre grotesque» de l'UMP pour «tenter de camoufler une lutte à mort» dans ses rangs.

«Pas une grosse envie de se mouiller pour ce gars»

Et si au gouvernement, on serre les rangs autour du n°2 de l’Elysée, à l’Assemblée, personne ne semble réellement mobilisé pour défendre la cause de Jean-Pierre Jouyet même si probablement, les députés assureront le minimum syndical pour ne pas aggraver la situation. En réunion de groupe socialiste ce mercredi midi, tout le monde a dit, a minima, «son énervement et sa lassitude» de voir qu’une «affaire interne à la droite» se transforme en affaire embarrassant l’Elysée. «La droite se met sur la figure, ça nous revient dans la figure. Qu’est-ce qu’il est allé faire là-dedans, il suffisait de les laisser s’entretuer», explicite un élu. Et si personne n’a réagi avant ce mercredi, alors que la droite pilonnait l'Elysée, c’est parce que les députés PS étaient «en circonscription», assure-t-il, pas du tout en raison de l'itinéraire sinueux de Jean-Pierre Jouyet, meilleur ami de François Hollande.

Ce dernier n’a jamais adhéré au PS ni même revendiqué de sensibilité socialiste, il est aussi passé par le gouvernement Sarkozy (2007-2008) avant d'atterrir au poste essentiel de secrétaire général de l'Elysée. «Est-ce que sa personnalité joue? Sans doute, c’est un euphémisme. On n’a pas une folle envie de monter au front», lâche un député frondeur. Comme d’autres députés PS, il a été sollicité tout le week-end pour réagir, et a préféré s’abstenir. Pour une raison plus pragmatique: «Les faits ne me paraissent pas clairs, il y a eu le démenti, le démenti du démenti, c’est assez gênant de commenter quelque chose qu’on ne comprend pas vraiment», avance-t-il.

«Le 38 mille millionième épisode de la com’ ratée»

«Il n’y a clairement pas une grosse envie de se mouiller pour ce gars», avance un autre, désabusé. Chez certains élus socialistes, il y a «un agacement lié à une consanguinité des gens bien nés qui se cooptent entre eux», explique ce député francilien. Mais tout le monde l'oublie car ce qu’il s'est passé est «hallucinant d’amateurisme». «C’est le 38 mille millionième épisode de la com’ ratée», souffle un autre.  «Jouyet s’est fait avoir comme un bleu, c’est à peine croyable. Moi, comme député de base, si deux journalistes d’investigations viennent me voir, m’enregistrent, sortent leurs carnets, je me doute bien que ce n’est pas pour écrire sur la météo des plages», image-t-il.

François Kalfon, conseiller régional PS en Ile-de-France, tente de remettre les choses à leur place: «C’est une tempête dans un verre d’eau gonflée à l’hélium par les médias, un écran de fumée de la droite pour masquer ses propres turpitudes». S’il consent qu’il y a peut-être dans les rangs de la majorité «un malaise général» par rapport à l’accumulation de «maladresse», «il n’y a pas d’affaires d’Etat: c’est d’abord l’affaire de la droite, il faut le rappeler».