Sénat: Un rapport très polémique pour lutter contre les discriminations enfin adopté

RELIGION Esther Benbassa (EELV) et Jean-René Lecerf (UMP) préconisent notamment de renforcer l'enseignement du fait religieux à l'école et de développer les carrés musulmans dans les cimetières...

T.L.G.

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Le Sénat français, à Paris, le 28 octobre 2014
Le Sénat français, à Paris, le 28 octobre 2014 — François Guillot AFP

Un rapport polémique enfin adopté au Sénat ce mercredi. Esther Benbassa (EELV) et Jean-René Lecerf (UMP) avaient déposé leur rapport visant à lutter contre les discriminations le 5 novembre dernier. «Il a été préparé sur 18 mois, avec une quarantaine de personnes auditionnées, dont 14 universitaires, des institutionnels et quelques personnes du monde religieux», précise à 20 Minutes l’élue écologiste.

Le rapport d’information avait été débattu en commission des Lois «pendant deux heures et demie, avec des débats houleux, mais il n'y avait pas eu de vote sur l'autorisation de publication», explique l’élue écologiste. Le rapport a cette fois été adopté, avec des votes contre et plusieurs abstentions. «Ça n'arrive quasiment jamais», note Esther Benbassa. 20 Minutes revient sur trois mesures les plus polémiques de ce rapport.

L’autorisation aux statistiques ethniques?

Pour apaiser les tensions, les deux auteurs ont renoncé à préconiser le recours explicite à des statistiques ethniques. Afin de «mieux mesurer les discriminations», les sénateurs souhaitent plutôt «introduire une fois tous les cinq ans, dans le recensement, une question sur le pays de naissance des ascendants et la nationalité antérieure afin d’obtenir des résultats mesurables sur l’ampleur des discriminations et leur déploiement». 

«L’objectif est de savoir quels ont été les obstacles pour une personne, de la scolarité jusqu’à l’obtention d’un logement, en connaissant davantage la portée des origines sur ce plafond de verre», explique Esther Benbassa. «On ne peut pas trouver de remèdes contre les discriminations si on n’a aucun moyen de les mesurer».

Renforcer l'enseignement du fait religieux à l’école

Dans leur rapport, les sénateurs préconisent d’«assurer l’enseignement du fait religieux au cours de la scolarité en dispensant la formation nécessaire aux enseignants». «Cette proposition a provoqué une montée en flèche des débats», explique l’élue écologiste, qui explique s’appuyer notamment sur le rapport de Régis Debray, intitulé «L’enseignement du fait religieux dans l’École laïque», commandé en 2002 par Jack Lang.

Les deux parlementaires proposent un renforcement de cet enseignement dès l’école primaire. «Il ne s’agit pas d’un enseignement sur la spiritualité mais d’offrir aux enseignants une formation adaptée pour enseigner aux élèves ce qu’est le judaïsme, l’islam, ou les grands noms de l’histoire religieuse», explique-t-elle.

Développer les carrés musulmans dans les cimetières

Esther Benbassa  et Jean-René Lecerf souhaitent «conférer une base légale à la pratique des carrés confessionnels dans les cimetières». La France compterait aujourd'hui moins de 200 carrés musulmans, dont la plupart en Ile-de-France, recensait un article du Monde en octobre 2013. Un chiffre insuffisant pour répondre à la demande des citoyens musulmans, estimaient les responsables de l'islam de France.

«80 % de nos compatriotes musulmans font en sorte que leur dépouille mortelle soit renvoyée dans leur pays d'origine, pour qu'ils soient enterrés selon les rites de leur religion. Chez moi, dans le Nord, les maires qui ont accepté un carré musulman sont assaillis de demandes: ça prouve qu'il n'y en a pas assez!», indique le sénateur UMP au Figaro.