Affaire Jouyet/Fillon: Qui sont les gagnants et les perdants?

POLITIQUE Les révélations du «Monde» sur Jean-Pierre Jouyet et François Fillon vont laisser des traces dans la course à la présidentielle, à gauche comme à droite...

Vincent Vantighem

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Photomontage de François Fillon, Nicolas Sarkozy, Alain Juppé et Jean-Pierre Jouyet.
Photomontage de François Fillon, Nicolas Sarkozy, Alain Juppé et Jean-Pierre Jouyet. — SIPA

Manuel Valls a appelé, ce mardi matin, à «sortir de ce débat». Ce n’est pas gagné... Trois jours après les révélations du Monde, l’affaire Jouyet - Fillon continue d’alimenter la chronique politique et d’envenimer la vie des candidats à la présidentielle de 2017 qu’ils soient putatifs ou déclarés.

>> Décryptage: Tout comprendre à l’affaire

Alors que Jean-Pierre Jouyet, le secrétaire général de l’Elysée, a finalement admis que François Fillon lui a parlé, lors d’un déjeuner, de l’affaire Bygmalion et des poursuites pénales visant Nicolas Sarkozy, 20 Minutes fait le point sur les gagnants et les perdants de cette affaire (lire l’encadré).

Jean-Pierre Jouyet, le grand perdant à gauche

Secrétaire général de François Hollande à l’Elysée et ancien ministre de Nicolas Sarkozy, Jean-Pierre Jouyet est, ce mardi, au cœur de l’affaire. Après avoir démenti, samedi, le fait que François Fillon soit intervenu auprès de lui pour faire accélérer les procédures judiciaires visant Nicolas Sarkozy, il a finalement reconnu, dimanche, qu’il avait bien déjeuné avec l’ancien Premier ministre et qu’ils avaient parlé de ce sujet. «Il a dû démentir son démenti, résume le politologue Thomas Guénolé. A ce niveau de responsabilité, le ridicule tue!»

>> Eclairage: Le rétropédalage de Jouyet

Rationnellement, le numéro 2 de l’Elysée n’a rien à se reprocher si ce n’est d’avoir menti aux médias. «Si on devait virer tous les politiques qui ont menti, la liste serait longue...», sourit Thomas Guénolé. Pour autant, si la «jacquerie politico-médiatique se poursuit», l’exécutif pourrait bien devoir se séparer de ce «serviteur de l’Etat».

Alain Juppé, le grand gagnant

«Que diable irait-il faire dans cette galère?» Comme dans Les fourberies de Scapin (Molière), Alain Juppé gagne à rester en retrait de cette affaire. Alors qu’il a toujours veillé à ne pas apparaître dans les affaires politico-judiciaires, le maire de Bordeaux sort donc gagnant. Il n’est pas impliqué dans les affaires de l’UMP. Et il ne cherche pas à en tirer profit comme François Fillon. De fait, il a bien veillé à ne pas réagir à ces révélations. «L’opinion estime que les affaires de Juppé sont derrière lui et qu’il a payé, analyse Thomas Guénolé. Il reste en dehors du marasme judiciaire à droite car il n’était pas aux responsabilités.»

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Nicolas Sarkozy, modérément gagnant

Pour donner corps à son retour, l’ancien chef de l’Etat clame à longueur de meeting qu’il est victime d’un complot politique visant à l’abattre. Les révélations du Monde vont dans son sens. Mais cela remet aussi au goût du jour une affaire dans laquelle il est impliqué. Celle des pénalités liées au dépassement du plafond de campagne qu’il a fait régler par l’UMP. «Les gens avaient un peu oublié qu’il était mis en cause pour ‘’abus de confiance’’, pense Thomas Guénolé. Avec cette affaire dans l’affaire, cela revient vers lui comme un boomerang!»

François Fillon, le grand perdant à droite

Son image n’était écornée que par la guerre intestine qu’il avait menée à Jean-François Copé. François Fillon se retrouve mis en cause pour avoir tenté de manœuvrer afin de faire tomber un concurrent. «On ne saura jamais s’il a vraiment agi pour nuire à Nicolas Sarkozy ou s’il est victime d’une cabale, poursuit Thomas Guénolé. Le problème, c’est qu’en politique, on est présumé coupable.» François Fillon perd donc de nombreux points dans cette affaire malgré son intervention au journal de TF1.

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François Hollande pourrait perdre beaucoup

Au-dessus de cette mêlée, le chef de l’Etat s’est bien gardé de commenter cette nouvelle affaire. Mais s’il doit se séparer de Jean-Pierre Jouyet, il perdrait beaucoup. «D’abord parce que Jouyet est un de ses amis proches, décrypte encore Thomas Guénolé. Mais surtout parce qu’il est numéro 2 de l’Elysée.» Inconnu du grand public, le secrétaire général de l’Elysée est un pion essentiel sur l’échiquier du fonctionnement de l’Etat. «Il a plus de pouvoir que le Premier ministre, poursuit Thomas Guénolé. Perdre son adjoint à mi-mandat ne serait pas bon pour Hollande.»