VIDEO. Jouyet a bien cité Fillon lui demandant de «taper vite» contre Sarkozy

POLITIQUE Trois médias ont pu écouter l'enregistrement des deux enquêteurs du «Monde». Ils confirment que Jean-Pierre Jouyet a bien demandé d'accélerer les procédures judiciaires contre Nicolas Sarkozy... 

A.L. avec AFP

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Le Premier ministre de l'époque François Fillon et son secrétaire d'Etat des affaires européennes Jean Pierre Jouyet, le 12 novembre 2008 quittant l'Elysée
Le Premier ministre de l'époque François Fillon et son secrétaire d'Etat des affaires européennes Jean Pierre Jouyet, le 12 novembre 2008 quittant l'Elysée — Gerard Cerles AFP

Jean-Pierre Jouyet a bien raconté à deux journalistes du Monde que François Fillon lui avait demandé de «taper vite» contre Nicolas Sarkozy en accélérant les procédures judiciaires, selon un extrait de l'enregistrement de leur entretien avec le secrétaire général de l'Elysée que l'AFP a pu écouter lundi. Dimanche soir, François Fillon avait accusé Jean-Pierre Jouyet de «mensonge». 

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Les deux enquêteurs, Gérard Davet et Fabrice Lhomme, ont fait écouter cet extrait à trois médias (France 2, BFMTV et l'AFP) et précisé qu'ils étaient seuls avec Jean-Pierre Jouyet lors de cet entretien réalisé le 20 septembre à l'Élysée. 

Sur cette bande, Jean-Pierre Jouyet raconte que M. Fillon, lors d'un déjeuner le 24 juin, lui a demandé que l'Élysée «tape vite» contre l'ancien président Sarkozy pour éviter son retour en accélérant les procédures judiciaires visant notamment ses comptes de campagne de 2012. Le numéro 2 de l'Élysée affirme avoir rapporté cette demande au président de la République, qui lui a répondu que c'était l'affaire de la justice. Jean-Pierre Jouyet Jouyet ajoute qu'il partageait cet avis.

Jouyet savait que ses propos seraient publiés

Interrogés sur les circonstances de l'enregistrement, les deux journalistes ont assuré à l'AFP que Jean-Pierre Jouyet «savait que ses propos seraient publiés ultérieurement dans un livre», à paraître en 2017. Et pour l'ouvrage Sarko s'est tuer  (Stock) paru ce lundi, «il nous avait demandé de ne pas citer ses propos entre guillemets, ce que nous avons respecté», ont-ils précisé.  

«C'est son démenti dimanche qui nous a contraints, pour prouver notre bonne foi, à publier quelques extraits du verbatim», ont-ils expliqué à l'AFP.

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Jouyet «ne mesurait pas du tout l'importance» de ses révélations

Lors de leur entretien à l'Élysée, Jean-Pierre Jouyet «ne mesure pas du tout l'importance» de ses révélations, ont confié à l'AFP les deux journalistes, qui avaient déjà eu connaissance de la démarche de François Fillon par une autre source.

«Jean-Pierre Jouyet n'est pas un politique comme les autres, relèvent-ils, c'est un haut fonctionnaire, c'est quelqu'un qui a gaffé toute sa vie dès qu'il a pris la parole publiquement. Il dit des choses qu'il ne devrait pas dire. Il est très mal à l'aise avec l'univers médiatique. Quand vous avez accès à lui en tant que journaliste, c'est en général bingo à chaque fois!» remarquent-ils.

«Si on fait élire Nicolas Sarkozy,  tant mieux pour lui!»

Extrapolant les éventuelles répercussions de leur enquête, ils ont même lancé: «Si on fait sauter le secrétaire général de l'Élysée, on le fait sauter. Si François Hollande, par nos révélations demain, doit démissionner, il démissionnera. Et si grâce à notre livre - c'est un vrai paradoxe car il s'appelle Sarko s'est tuer - on fait élire Nicolas Sarkozy, c'est tant mieux pour lui!». 

«On n'a pas de parti pris, c'est l'info qui nous intéresse», ont-ils conclu.