Affaire Fillon/Sarkozy: Jean-Pierre Jouyet dans la tourmente

VOLTE-FACE Le rétropédalage du secrétaire général de l'Elysée pourrait lui être fatal...  

T.L.G.

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Jean-Pierre Jouyet, le 16 septembre 2014.
Jean-Pierre Jouyet, le 16 septembre 2014. — ALLARD-POOL/SIPA/

L’étau se resserre autour de Jean-Pierre Jouyet. Le secrétaire général de l’Elysée se retrouve dans la tourmente après son rétropédalage sur les révélations des deux journalistes du Monde. A droite, certains évoquent une probable «affaire d’Etat», à l’image du député UMP Henri Guaino. 20 Minutes fait le point sur la tempête qui pourrait entraîner ce proche de François Hollande vers la sortie.

>>Affaire Fillon-Sarkozy: Tout comprendre aux révélations du Monde

Le volte-face

Gérard Davet et Fabrice Lhomme assurent que François Fillon a rencontré Jean-Pierre Jouyet le 24 juin. L’ex Premier ministre aurait demandé au secrétaire général de l’Elysée d’accélérer les procédures judiciaires visant Nicolas Sarkozy.

Dans un premier temps, Jean-Pierre Jouyet a nié «une quelconque intervention» de l’ex Premier ministre en ce sens. Mais le secrétaire général de l’Elysée s’est visiblement tiré une balle dans le pied. Car les deux journalistes ont expliqué détenir la preuve de leurs révélations grâce à un enregistrement. Jean-Pierre Jouyet se voit contraint au rétropédalage. Il reconnaît finalement ce dimanche que François Fillon lui a bien parlé de Bygmalion et des pénalités pour la campagne de Sarkozy lors de ce déjeuner.

«Un personnage intrigant»

Ce n’est pas la première fois que Jean-Pierre Jouyet crée la polémique. Le 15 mai 2012, celui qui est alors président de l'Autorité des marchés financiers annonce la nomination de Jean-Marc Ayrault à Matignon quelques heures avant l’officialisation, déclenchant l’agacement du pouvoir. Six mois plus tard, ses propos sur le site ArcelorMittal de Florange, qualifié de «canard boiteux», avaient suscité l’indignation. A chaque fois, François Hollande pardonne à cet ami intime de plus de trente ans.

Tous ne sont pas aussi bienveillants à son égard. Un proche du chef de l'Etat assurait samedi à l’AFP que nombre de ministres voient en lui «un personnage intrigant» qui «manipule tout le monde». Beaucoup lui reprochent d’entretenir des relations «troubles» avec la droite. L'homme a d'ailleurs été secrétaire d'Etat aux Affaires européennes du gouvernement Fillon en 2007.

Sur un siège éjectable ?

Avant même le rétropédalage, la droite était passée à l’offensive. «Je suis accablé par le climat qui règne dans notre pays», a dénoncé Henri Guaino ce dimanche. Le député UMP s’était dit stupéfait de voir le secrétaire général de l’Elysée, «pas n'importe qui, un des hommes les plus importants de l'appareil d'Etat, porter de telles accusations contre un ancien Premier ministre», demandant à Jean Pierre Jouyet qu'il «s'explique et si les explications ne sont pas convaincantes, on ne peut pas en rester là».

Cette affaire vient jeter le soupçon sur la volonté de l'Élysée depuis 2012 de ne pas s'immiscer dans les procédures judiciaires. Marine Le Pen s’est engouffré dans la brèche en dénonçant sur France 3 «les trois M: magouille, manœuvre, mensonge, […] le fondement de la vie politique dans notre pays depuis de nombreuses années».

«Qu'il y ait de grandes opérations de déstabilisation, ça commence à devenir d'une évidence flagrante. Le rôle de M. Jouyet ne peut que créer un doute terrible sur les intentions du pouvoir», ajoute Henri Guaino. Il a «menti aux Français» et «n'a pas d'autre choix que de remettre sa démission», a estimé Bruno Le Maire.

Même si Jean-Pierre Jouyet assure que «depuis mai 2012, il n'y a plus aucune intervention de la présidence de la République dans une procédure judiciaire», son sort est ce soir très fragilisé.