Risque de redressement fiscal de 60 parlementaires: La faute de trop?

DECRYPTAGE Les politiques doivent se faire à l'idée qu'une négligence est interprétée par l'opinion publique comme une faute grave…

William Molinié

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Assemblée nationale, illustration.
Assemblée nationale, illustration. — LCHAM/SIPA

Le mensonge de Jérôme Cahuzac. Puis les «phobies administratives» de Thomas Thévenoud. Et maintenant les «négligences» des 60 parlementaires en délicatesse avec le fisc, dont Gilles Carrez, le président (UMP) de la commission des Finances de l’Assemblée nationale. Cette ligne à ajouter à la liste des affaires politico-financières de la Ve République enracine chez les Français le sentiment que les politiques sont au-dessus des lois.

L’impact de ce type d’affaire est «très mauvais» sur le pouvoir en place, rappelle Jérôme Sainte-Marie, politologue et président de PollingVox. «C’est la conjonction de l’accumulation des scandales et de l’échec sur le front du chômage associé à l’impuissance des politiques économiques du gouvernement qui rend ces affaires insoutenables. En soi, ce type de scandale est important parce qu’il y a un contexte», commente-t-il auprès de 20 Minutes.

«Les politiques sont dans leurs bulles»

Autrement dit, la faute, délibérée ou non, du politique est d’autant moins acceptable que la crise touche les Français et qu’il leur est demandé de se serrer la ceinture. L’unique règle est de montrer l’exemple et de s’efforcer à la sobriété, martèlent depuis des mois les gouvernements successifs. Aussi bien pour Jérôme Cahuzac que pour Thomas Thévenoud, le pouvoir s’est réfugié derrière l’explication de la faute personnelle et de l’écart individuel. Argument qui ne tiendra pas face au nombre important –une «soixantaine», selon Le Canard Enchaîné– de parlementaires qui seraient visés par le fisc pour avoir envoyé des déclarations de patrimoine erronées auprès de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique.

Gilles Carrez, qui à longueur d’années épluche les projets de budget du gouvernement, se défend d’être «complètement de bonne foi», justifiant par l’ignorance ce redressement fiscal lié à un non-paiement de l’ISF. «Ce sont des sujets qui ne sont pas directement dans la loi mais qui relèvent de son interprétation», a-t-il indiqué à l’AFP. «Faute grave ou négligence, les Français en ont une perception globale, celle que les politiques sont dans leurs bulles, complètement décalés de la vraie vie» poursuit le directeur général adjoint de l’Ifop, Frédéric Dabi, contacté par 20 Minutes.

Un argument pour les partisans de la dissolution

Est-ce l’affaire de trop? Plus que l’anecdotique nom de Gilles Carrez –presque inconnu du grand public –, c’est le nombre de 60 parlementaires, sans doute aux fautes très variables, qui créé un effet de masse, symbolique pour l’opinion publique. Pourtant, rappelle Frédéric Dabi, «le thème du “tous-pourris” pour qualifier les politiques dans nos enquêtes est moins cité par les Français que celui d’“impuissants face à la crise”».

Si les observateurs de la vie politique excluent que le grand soir ne se joue avec ce nouveau scandale, l’affaire des 60 parlementaires risque de devenir un argument pour les partisans de la dissolution de l’Assemblée nationale. «La pression peut s’imposer sur cette partie du pouvoir, déjà fragilisée avec les frondeurs», appuie Jérôme Sainte-Marie. «Ça profite par ailleurs indubitablement au Front National, et peut-être même aussi aux militants d’une 6e République.»

Toutefois, paradoxalement, comme dans l’affaire Thévenoud, ce scandale prouve aussi que les politiques sont de plus en plus contrôlés. A tel point qu’aucun d’entre eux ne peut plus ignorer qu’une négligence est interprétée comme une faute grave.