En jouant au «pyromane», Manuel Valls déboussole sa majorité

POLITIQUE Après des prises de positions polémiques...  

Maud Pierron
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Manuel Valls à la Fiac, le 22 octobre 2014.
Manuel Valls à la Fiac, le 22 octobre 2014. — GINIES/SIPA

«Pourquoi ce désamour vis-à-vis de sa famille?», s’interroge François Kalfon, cofondateur de la Gauche populaire, après l’interview choc de Manuel Valls à L'Obs. «Il est Premier ministre. Quand il s’exprime ainsi, il sait que ça va être surinterprété. Secouer le cocotier, très bien, mais à force, va-t-il seulement rester des fruits?», demande de son côté le député PS du Cher, Yann Galut.

Au sein du PS, c’est peu dire qu’on peine à comprendre la stratégie d’un Premier ministre à la majorité rétrécie, qui subit une fronde interne à l'Assemblée, et qui plonge dans la tambouille interne en prenant volontairement à rebrousse-poil les socialistes. «Franchement, les frondeurs peuvent lui dire merci, ses propos vont nourrir du ressentiment», lâche en off un proche de Martine Aubry alors que s’annonce un vote très compliqué sur le vote du budget de la sécu. 

D'autant que Manuel Valls est intervenu dans un contexte hautement inflammable qui a obligé ce jeudi Jean-Christophe Cambadélis à lancer «un appel solennel à l'unité des socialistes».

Un «Chirac 1976»?

Sur le fond, la plupart s’accordent pour dire que la plupart des «provocations» de Manuel Valls comme le changement de nom ou l’alliance avec le centre, sentent le réchauffé. Non, le problème, c’est le timing et ce côté «pyromane même pas pompier» maintes fois éprouvé quand il était «simple» député PS mais qui prend une autre ampleur maintenant qu’il est à Matignon et qu’il réclame, par ailleurs, de la discipline à ses troupes. «Participer au débat interne, c'est pas son rôle. On attend qu'il s'occupe de la France», tance un député.

«Ce sont les idées d'une des personnalités du PS, pas celle du PS. Et ni sa ligne ni celle des frondeurs n'est majoritaire dans le parti», assure le député du Pas-de-Calais Nicolas Bays, qui pointe un «problème de timing» dans l’intervention du Premier ministre qui a avant tout souhaité «répondre à Martine Aubry».

Un autre élu relève: «La séquence a commencé avec la prise de parole de Martine Aubry, ça les urtique tellement que ça crée une hystérie collective», relève un socialiste qui a objectivement du mal à comprendre la stratégie de Valls: «il crée son propre isolement en tendant la main à un Bayrou qui la rejette immédiatement». Il tente une explication: «il fait une "Chirac 1976": Il prépare une sortie avant les cantonales en disant qu’il n’a pas eu les moyens de faire sa politique. Mais enfin, vu comme il traite les socialistes je ne vois pas sur quelle base populaire il peut vouloir y aller en 2017».

«A toi la controverse, à moi la synthèse»

En défense, Carlos da Silva, député PS de l'Essonne proche de Manuel Valls, rétorque que l’interview a été réalisée samedi dernier, sans connaître la teneur de la prise de parole de Martine Aubry. «Manuel Valls fait du Manuel Valls. Il lui est demandé d’assumer une politique décidée par le président. Et s’il y a bien un poste politique par essence, c’est celui de Premier ministre. Il est dans son rôle et dans son style», développe-t-il.

«On peut poser toutes les questions, mais il ne faut pas s'en laver les mains ensuite. C'est pourquoi il faut un congrès» pour clarifier la ligne, plaide Yann Galut. «Le problème du PS, c’est que pour la première fois, des questions idéologiques, de congrès, se télescopent avec des questions de politique gouvernementale. Car le PS n’a jamais procédé à sa révision idéologique pendant l’opposition», explique Gérard Grunberg, politologue spécialiste du PS du Cevipof. Ainsi, «Manuel Valls pense qu’il doit mener les deux combats de front, au PS et au gouvernement, pour ne pas être marginalisé dans le parti et montrer la cohérence entre ce qu’il fait et ce qu’il pense».

Reste Hollande, dont le rôle est pointé, qui organiserait une répartition des rôles avec Valls, «à toi la controverse, à moi la synthèse». «Sauf qu'il n'est plus premier secrétaire du PS, ça ne marche plus», tance un ex-converti. «Il tire les ficelles ou plutôt il croit tirer les ficelles», lâche un autre.