Crise au PS: Pourquoi le parti ne va pas imploser... pour le moment

POLITIQUE La tension est montée de quelques crans ce mercredi entre frondeurs et direction socialiste...

Thibaut Le Gal

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Les trois ex-ministres Arnaud Montebourg, Aurélie Filippetti et Benoît Hamon, à l'Assemblée nationale.
Les trois ex-ministres Arnaud Montebourg, Aurélie Filippetti et Benoît Hamon, à l'Assemblée nationale. — WITT/SIPA

Du rififi chez les socialistes. Au lendemain du vote sur les recettes du budget 2015, le PS s’est livré à une passe d’armes par médias interposés. Sur les 39 abstentions, celles de Benoît Hamon et Aurélie Filippetti ne sont pas passées inaperçues. Jean-Christophe Cambadélis a dégainé le premier mercredi matin en jugeant «déplorable» l’attitude de ceux qui, ministres, avaient accepté les arbitrages budgétaires en juillet dernier. Le porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll lui emboîtait le pas, dénonçant «un manquement au devoir».  

Dans le même temps, Benoît Hamon soufflait sur les braises: la politique de l'exécutif «menace la République» et mène vers un «immense désastre démocratique» en 2017. «Si c'est ça, qu'il quitte le Parti socialiste alors», lui répondait Stéphane Le Foll. A chaque déclaration, la tension montait d’un cran. 

«Qui sera le chef de la fronde?»

«Quand un ministre quitte le gouvernement, habituellement, il a un devoir de réserve, explique le professeur en sciences politiques, Rémi Lefebvre. «Mais le calendrier s’est accéléré avec la sortie de Martine Aubry. Il y a une concurrence pour prendre le leadership à gauche du PS en vu de 2017, ou d'une éventuelle primaire en 2016. On est dans l’escalade de mots, la dramatisation».

Si la ligne politique est de plus en plus contestée, personne, avant la sortie de Martine Aubry, ne semblait en mesure d’en tirer avantage. «La bagarre fait rage pour savoir qui sera le chef de la fronde», raille un député socialiste. «Ces sorties prouvent surtout l’incapacité des frondeurs à trouver un leader commun. Ils sont d’accord pour rester ensemble mais n’apportent aucunes solutions», poursuit-il. Sur le débat plane aussi l'ombre du prochain congrès socialiste, dont la date reste incertaine (2015? 2016?), et qui doit fixer la ligne politique du parti.

Implosion du parti?

Incarner l’alternative, au risque de faire imploser le PS? «Il s’agit surtout de postures rhétoriques car sur le fond, les différences politiques sont assez ténues», estime Stéphane Rozès, président de Cap (Conseils,analyses et perspectives), et enseignant à Sciences-Po. «Il n’y a pas de scission en vue, il faut que chacun retrouve ses nerfs et sa raison», assure Olivier Faure. «Nos divisions idéologiques n’ont en réalité jamais été aussi réduites. Lorsque Mitterrand s’opposait à Rocard sur la conception de la gauche, ou à Chevènement sur le rapport à l’Europe, les débats idéologiques étaient d’une tout autre intensité», développe le député de Seine-et-Marne. Dans la journée, déjà, le soufflé était retombé.

«Le PS en a vu d’autres», ajoute Rémi Lefebvre. «L’éclatement du PS, on en a toujours parlé, mais c’est un parti élastique», ironise le politologue. Si souple, que Manuel Valls envisage de l’étirer jusqu’au centre. «L'idée pourrait être de bâtir une maison commune dans laquelle chacun se retrouve», suggère le Premier ministre dans une interview donnée au Nouvel Obs. Manuel Valls n’exclut d'ailleurs pas d’en changer le nom. Une proposition balayée par le premier secrétaire du parti. «Socialiste est un beau nom qui a fait ses preuves, autant le garder», a estimé Jean-Christophe Cambadélis. «J'ajouterais un peu taquin qu'il n'a pas interdit à François Hollande de gagner et à Manuel Valls de devenir Premier ministre».