Gouvernement: Martine Aubry, un réquisitoire sans autre ambition que «le débat d'idées»

POLITIQUE Après s'être astreinte au silence pendant deux ans, l'ex-adversaire de François Hollande à la primaire PS torpille sa politique économique et sa méthode...

Maud Pierron

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Martine Aubry lors de sa conférence de presse de rentrée à Lille, vendredi 3 octobre.
Martine Aubry lors de sa conférence de presse de rentrée à Lille, vendredi 3 octobre. — M.Libert/20 Minutes

«Je demande qu’on réoriente la politique économique»… Il faut «refaire de la politique», «donner la destination du voyage» car «on n’a pas fixé le cap»… «La politique menée depuis deux ans (...) s'est faite au détriment de la croissance»… Dans un entretien au JDD, le constat de Martine Aubry est sans concession avec l’action de François Hollande depuis deux ans, qu’elle juge en échec. Un condensé de sa longue contribution aux états généraux du PS, intitulée Pour réussir, un réquisitoire en creux de l’action gouvernementale.

Le congrès d'idées est assuré

Si la maire de Lille a décidé de parler après deux ans de silence ou presque, c’est parce qu’elle juge «que les difficultés de sa famille sont si importantes qu’il est de son devoir d’apporter sa contribution», explique le député PS Olivier Dussopt, l’un des 34 signataires du texte publié dans la nuit de samedi à dimanche sur un site Internet. Un compte twitter a également été lancé et selon l’Obs, «un micro parti est en passe d’être créé». «Il y a une volonté de structuration autour d’une sensibilité politique», confirme Olivier Dussopt qui jure toutefois que Martine Aubry n’a pas d’autre ambition que «collective». Dans le JDD, elle dit elle-même «être candidate… au débat d’idées». 

Mais personne n’est obligé de croire celle à qui ses proches ont dû forcer la main pour qu’elle candidate à la tête du PS en 2008. C’est bien Martine Aubry qui s’assume en chef de file des frondeurs, cette trentaine de députés qui réclament une réorientation de la politique de l’exécutif. «Elle prend clairement position en vue d’un futur congrès, analyse la députée socialiste Karine Berger. Certes, il y a peu de députés frondeurs mais beaucoup de militants se posent des questions sur la ligne économique qui, je le regrette, n’a jamais été tranchée au sein du parti. Au moins, avec cette prise de position de Martine Aubry, on sait qu’on ira au bout du congrès, qui sera un congrès d’idées et non de personnes.»

«Une erreur politique»?

Un autre élu décrypte plus franchement: «elle veut reprendre le parti pour bloquer Hollande. Il faut voir comment elle en parle en privé, sur le fond, sur la forme, le style, la méthode, tout, ses critiques sont impressionnantes. C’est pour ça qu’au PS, ils mettront le congrès le plus tard possible, en 2016».  «La défiance des Français vis-à-vis des politiques est telle qu’une simple réponse en termes de congrès, ou de chapelle du PS, ne serait pas à la hauteur», assure son porte-parole officieux Olivier Dussopt.

A l’aile gauche du PS, on se réjouit de l’irruption de Martine Aubry dans l’arène politique aux côtés des frondeurs sur le front de la «réorientation du quinquennat». Car Martine Aubry pèse: «sa prise de parole est importante, elle a toute de même recueilli 43% des voix à la primaire. A la tête du PS, elle a montré sa capacité à rassembler les socialistes, à travailler avec nos partenaires de gauche et elle nous a mené à la victoire», énumère l’eurodéputé Emmanuel Maurel qui a noté satisfait la proximité de Martine Aubry avec les thèses des frondeurs. Sur le fond, un socialiste juge que sa contribution est «une erreur politique car ça la ramène exclusivement sur la ligne des frondeurs. Or, elle aurait dû se poser en point d’équilibre, qui fait la synthèse au-dessus de la mêlée».

«Rassurez-vous, rétorque Olivier Dussopt, vous verrez rapidement que Martine Aubry représente plus que cela, elle porte une vision beaucoup plus large et globale sur la nouvelle social-démocratie». Mais à part ça, la maire de Lille ne nourrit aucune ambition…