Emmanuel Macron, la bonne pioche du gouvernement?

POLITIQUE Il est plebiscité par les Français selon un sondage mais sa méthode est loin de remporter les suffrages de certains de ses pairs...

Maud Pierron

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Emmanuel Macron, le 3octobre 2014, à Paris.
Emmanuel Macron, le 3octobre 2014, à Paris. — AFP

Des saillies polémiques sur les «illettrées de Gad» ou «les pauvres qui prendront l’autocar»... Des  couacs gouvernementaux nés de ses critiques sur les 35 heures ou sa volonté de réformer l’assurance-chômage... 

Et pourtant -ou grâce à?-, Emmanuel Macron remporte les suffrages des Français à en croire une étude Odoxa publiée par Le Parisien ce dimanche. Quelque 58% des Français ont une bonne image d’Emmanuel Macron, 56% jugent qu’il est un bon ministre de l’Economie, meilleur même, selon 60%  des sondés, que son prédécesseur Arnaud Montebourg. Et n’en déplaise à certains cadres du PS, le benjamin du gouvernement est très populaire chez les sympathisants de gauche (62%).

En ces temps de disettes de sondages positifs, ces chiffres doivent faire plaisir à l’Elysée et Matignon qui ont posé un acte symbolique en nommant l’ex-banquier à Bercy. Manuel Valls a d’ailleurs défendu ce dimanche une nouvelle fois son ministre contre la gauche qui «met en cause un ministre brillant non pas pour ce qu'il fait mais pour ses origines ou pour son métier».

«Il a un côté cow-boy» critique un ministre

Car Emmanuel Macron, ex-banquier chez Rotschild, est loin d’être populaire au PS... «Franchement sur les marchés, c’est pas l’enthousiasme», lâche une députée plutôt sceptique qui renvoie à d’autres sondages où Emmanuel Macron est testé avec d’autres personnalités politique, comme le baromètre Ifop, où le ministre est 41e sur 50, avec un faible taux de 28% de bonnes opinions. «Il est là pour appliquer ce qu’on lui demande et il le fait, soit. Mais il faut qu’il arrête avec certaines phrases qui coûtent beaucoup à la gauche», ajoute cette élue. En off le plus souvent, pas un député n'a pas sa critique sur le fond ou la forme de l'action d'Emmanuel Macron.

Car au-delà de son CV, c’est le style, sur le thème «avec moi vous allez voir ce que vous allez voir» qui agace, même chez ses camarades ministres. «Il a un côté cow-boy. Il veut sortir la France de la vallée de la mort (en référence à son entretien au JDD dimanche dernier), c’est très beau, c'est une grande ambition...», ironise un ministre dubitatif sur la méthode. «Quand on annonce une réforme, il faut dire dans quel sens on va, sinon ce n’est pas très lisible. Et quand on ne comprend pas, qu’il y a du bouillage, cela devient un discours anxiogène», tacle encore ce ministre. Un autre ministre critiquait les «bourdes tous les trois jours» du benjamin du gouvernement, avec, peut-être, un brin de jalousie vis-à-vis d'un ministre très protégé et défendu par Matignon. 

«Le symbole navrant du virage libéral»

A l’aile gauche du PS, évidemment, le style mais surtout les idées d’Emmanuel Macron ne passent pas. «Il est le symbole navrant du virage libéral du quinquennat de François Hollande», tance l'eurodéputé Emmanuel Maurel. «Ses couacs, ses provocations, ses bourdes, je ne sais pas si ça le sert ou si ça sert Hollande, mais ça dessert la gauche et ça créé un fracture durable dans notre électorat», juge-t-il. «Ce n’est pas en cassant le code du travail qu’on va créer de la croissance», grince l’élu francilien.

Le ministre de l’Economie, lui, n’a pas l’intention de changer quoi que ce soit dans son expression ou ses convictions, comme il l’annonce au Parisien. «Ce que le microcosme me reproche, c'est de ne pas ressembler aux autres. On me reproche des mots que d'autres utilisent et dans la bouche desquels ils ne choquent pas», lance-t-il. «Certains voudraient me coller la marque de banquier en lettres écarlates sur le dos pour masquer le fait qu'ils n'ont plus rien à dire ni à proposer aux Français», ajoute-t-il, promettant que son «seul plan, c’est faire aboutir les réformes».