Modulation des allocations familiales: Les quatre raisons qui fâchent

POLITIQUE Les détracteurs de la mesure estiment notamment qu'elle pénalise les classes moyennes et qu'elle risque d'ouvrir une brèche dans le système de protection sociale...

Delphine Bancaud

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Une maman devant la  Caisse d'allocations familiales à Lille, le 8 octobre 2014. AFP PHOTO / PHILIPPE HUGUEN
Une maman devant la Caisse d'allocations familiales à Lille, le 8 octobre 2014. AFP PHOTO / PHILIPPE HUGUEN — AFP

Une mesure qui est loin de faire l’unanimité. Le gouvernement a annoncé jeudi la modulation des allocations familiales en 2015. 20 Minutes a relevé les principaux arguments des détracteurs de cette mesure.

1. La remise en cause de l’universalité des allocations passe mal

Les allocations familiales sont versées depuis 1945 à tous les ménages à partir de deux enfants, quels que soient leurs revenus. Jusqu’alors leur montant augmentait en fonction du nombre d'enfants, mais il était identique pour tous les foyers bénéficiaires.

Pour l’association Familles rurales, avec la modulation des allocations familiales, le gouvernement va mettre «fin à l'un des principes fondateurs de la Sécurité sociale». Une opinion partagée par Valérie Pécresse, députée (UMP) des Yvelines: «Les allocations familiales sont une mesure d'égalité entre tous les couples qui choisissent d'avoir plus d'enfants», insiste-t-elle. Et pour le Secrétaire général de la CGT, Thierry Lepaon, «il est indécent d'opposer à nouveau les Français les Françaises entre eux».

2. Les classes moyennes se sentent flouées

Depuis le début du quinquennat de François Hollande, les classes moyennes ont été impactées par plusieurs mesures: le gel du barème, la refiscalisation des heures supplémentaires, l’abaissement du plafond du quotient familial; la diminution de l'allocation de base de la prestation d'accueil du jeune enfant. La modulation des allocations familiales risque encore de réduire leur pouvoir d’achat, selon l’Union des familles en Europe: «Elle pénalise avant tout les titulaires de revenus moyens, déjà écartés de la plupart des avantages sociaux, « trop pauvres pour être riches, trop riches pour être pauvres».  Un avis partagé par la maire de Paris, Anne Hidalgo: «Aujourd'hui, vous avez des familles qui ont 40, 45% de leurs revenus qui partent en impôts (...) et dont 30 à 40% du revenu partent en logement. Donc j'estime qu'il y a aujourd'hui un problème de pouvoir d'achat», insiste-t-elle.

Un ensemble de mesures qui pourrait aboutir à une remise en cause de «notre système de protection sociale» par certains selon la CFTC: «En effet, de plus en plus de ménages issus de la classe moyenne souhaitent se retirer de ce système qu'ils jugent injuste: davantage mis à contribution, ils estiment ne rien recevoir en retour.»

3. Le gouvernement, accusé de jouer les girouettes

Critiqué pour avoir soufflé le froid et le chaud dans ce dossier, le gouvernement est taxé d’amateurisme par certains, de traîtrise par d’autres. «Il y a moins d'un an les engagements du président de la République étaient pourtant clairs: "Chaque famille doit avoir les mêmes droits pour les allocations familiales"», a rappelé le Président de l'Unaf, François Fondard. Pour Eric Woerth, ex-ministre du Budget: «C'est de l'improvisation. La ministre (Marisol Touraine) avait déclaré exactement le contraire il y a moins d'une semaine. On ne construit pas une politique durable en changeant d'avis toutes les semaines».

4. La crainte que d'autres acquis sociaux soient aussi sacrifiés

Jusqu’alors aucun gouvernement n’avait osé s’attaquer à la modulation des allocations. Ce qui fait craindre que la boîte de Pandore soit désormais ouverte. «Avec la mise sous condition de ressources des allocations familiales, rien n'empêchera demain que les soins médicaux soient remboursés selon les revenus et que la retraite par répartition soit remise en cause»,  s'inquiète Christian Jacob,le président du groupe UMP à l'Assemblée. Même son de cloche chez Pierre Laurent, secrétaire national du Parti communiste qui a dénoncé un «engrenage dangereux». «C’est toute la confiance dans notre protection sociale qui sera ébranlée si l’on admet qu’un assuré puisse cotiser mais être privé de droit lorsque l’événement pour lequel il a cotisé se réalise», redoute pour sa part l’Union des familles en Europe.