Présidentielle 2012: Les «Bygmagouilles» de l'UMP

LIVRE Un livre très documenté d'une journaliste de Libération met au jour les pratiques plus que douteuses à l'UMP pendant la campagne présidentielle de 2012...

Maud Pierron

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L'entrée du siège de l'UMP, rue de Vaugirard à Paris.
L'entrée du siège de l'UMP, rue de Vaugirard à Paris. — NICOLAS MESSYASZ

Dans un livre à paraître la semaine prochaine, Bygmagouilles, Violette Lazard, journaliste à Libération, révèle les dessous de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, notamment les dérapages des frais et la mauvaise gestion inhérente, qui ont été imputés à la fameuse société Bygmalion. Les bonnes feuilles sont publiées dans l'Obs, avec le témoignage acide de Jérôme Lavrilleux et Xavier Bertrand, secrétaire général de l'UMP en 2010.

Truffe et champagne à foison

Ça se déroule à Nice le 20 avril 2012, pour un meeting, mais l’exemple est symbolique de la campagne de Nicolas Sarkozy, dont les comptes ont dérapé. Deux jours avant le premier tour, un membre de l’équipe de campagne raconte à la journaliste: «Ça sentait la truffe dans tous les couloirs. Je me suis senti très gêné... Je me suis demandé si l'odeur n'allait pas jusque dans la salle, et quelle image ça allait donner de nous». Menu haut de gamme et champagne. Car voilà, il s’agit d’un buffet destiné aux invités VIP du meeting. La facture? «5.460,90 euros, soit plus de 50 euros par tête pour un grignotage». Et Jérôme Lavrilleux, qui vient de quitter l’UMP alors qu’il était menacé de suspension, de commenter: «Ce jour-là, personne n'a rien dit, personne n'a moufté. Tous ceux qui aujourd'hui jurent haut et fort qu'ils ne savaient rien sur les dépassements des comptes de campagne, qu'ils n'ont pas compris que le train des dépenses s'était emballé, ils ont tous bouffé des pâtes à la truffe et bu du champagne. Ce soir-là, ils ne se sentaient pas gênés du tout». Une allusion à Jean-François Copé, Francois Fillon, Brice Hortefeux, par exemple, qui étaient présents.

«La mise en scène» de Copé

Violette Lazard rapporte qu’au lendemain des révélations de Libération au sujet de Bygmalion, Jean-François Copé convoque une réunion avec notamment Franck Attal, le président d’Event &cie, filiale de Bygmalion. Il dit tomber des nues et demande des explications. «Vous avez fait quoi? Vous avez facturé des prestations que vous n’avez pas faites?», demande Copé à Attal par exemple. Ce dernier lui explique que beaucoup de responsables à Bygmalion et l’UMP sont au courant. «C’était une réunion bidon, organisée par Jean-François Copé pour bien montrer qu’il ne savait rien. La preuve: personne ne m’a appelé le week-end. Jean-François Copé aurait appris un truc de cette ampleur et il ne m’appelle pas? Moi j’aurais fait chauffer mon téléphone. C’est insensé.»

Une gestion «en dépit du bon sens»

On ne se refuse rien à l’UMP. Une campagne électorale, ça demande des bras et des mains. Beaucoup. Et pendant la campagne, il y a parfois eu des effectifs pléthoriques. Par exemple, relève Bygmagouilles, 42 personnes ont été embauchées pour le meeting de la place de la Concorde pour un montant de 60.000 euros. Avec notamment un régisseur général, un adjoint du régisseur général, un régisseur général adjoint… Mais aussi un adjoint du régisseur adjoint, pendant plus longtemps que les deux premiers (9 jours contre 5 et 7 jours) et mieux payé que les autres.

Et puis l’UMP récupère Buisson

Autre surprise de ce livre qui ne concerne pas que la société Bygmalion, l'UMP a pris en charge en octobre 2010 des prestations supplémentaires de la société du conseiller de Nicolas Sarkozy, Patrick Buisson, après les révélations sur l'affaire des sondages de l'Elysée. A ce moment Publifact «signe une convention avec le parti qui prévoit de le rémunérer à hauteur de 32.000 euros mensuels pour du "conseil, reporting (...) analyses de sondages"». Un renouvellement de contrat qui s’élevait auparavant à 10.000 euros mensuels.