Le Front national va-t-il changer de nom?

POLITIQUE La question avait déjà fait débat entre Jean-Marie Le Pen et sa fille en 2012...

Thibaut Le Gal

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La présidente du FN, Marine Le Pen.
La présidente du FN, Marine Le Pen. — M.Libert/20 Minutes

Changer le nom de son parti est dans l'air du temps. Nicolas Sarkozy l’envisagerait dans l'idée de refonder l’UMP. Nicolas Dupont-Aignan a, lui, annoncé dimanche que son parti «Debout la République» devenait «Debout la France» après une consultation des adhérents. Marine Le Pen souhaiterait aussi consulter les 75.000 adhérents du Front national pour abandonner éventuellement le nom historique du parti fondé en 1972, selon des informations de France Inter.

«L'idée est qu'il y aura très probablement un questionnaire dans les temps qui suivront le Congrès [prévu fin novembre à Lyon]. Marine Le Pen a évoqué la possibilité que parmi les questions soumises aux adhérents, il y ait une question sur le changement de nom», a réagi Florian Philippot. Dans la matinée, pourtant, Marine Le Pen expliquait que si «le principe de l'envoi d'un questionnaire [avait] été entériné», «le contenu n'[avait] pas du tout été discuté». Ces tergiversations montrent que la question est des plus sensibles au sein du parti.

«Débile, scandaleux, indécent»

En 2013, il avait valu une passe d'armes entre la dirigeante frontiste et son père. Marine Le Pen estimait qu’il n’y avait «pas de tabou» sur un éventuel changement de nom. «Si un jour ce débat devait être ouvert, il serait ouvert auprès des adhérents pour savoir ce qu'ils en pensent». La présidente du FN reconnaissait être «assez attachée au nom FN», précisant que «la réalité, c'est que s'il s'avérait un jour que le changement de nom soit utile, c'est qu'il correspondrait à une réalité politique qui est l'élargissement de ses bases du FN».

Ce possible abandon avait fait hurler les cadres historiques du FN. Et en premier lieu, son président d’honneur. «Le changement de nom du FN est impensable. Je dirais que c’est complètement débile, c’est scandaleux, c’est indécent», avait réagi Jean-Marie Le Pen après les déclarations de sa fille. «Ce nom a été honoré, il a créé une condition d’existence d’un parti politique français depuis quarante ans, et il a été soutenu par des milliers, des centaines de milliers de sacrifices de militants et adhérents du FN».

Etape finale de la dédiabolisation

Le changement de nom viendrait finaliser la stratégie de dédiabolisation entamée par Marine Le Pen depuis sa prise de pouvoir. «Il n’est pas question de dédiabolisation mais de volonté de marquer un changement du fait qu’on soit passé de Jean-Marie Le Pen à Marine Le Pen», remarque Wallerand de Saint Just. L’étiquette FN aurait-elle toujours une odeur de soufre? L’ancien candidat frontiste à la mairie de Paris s’agace. «Le terme FN n’est pas péjoratif du tout. Est-ce qu’il faut changer de nom au bout de quarante ans? Ça ne me dérange pas qu’on pose la question. Tant que l’on garde le terme national», prévient-il.

Lors des élections législatives de 2012, le FN avait lancé la bannière «Rassemblement Bleu marine », pour présenter des candidats proches du parti mais non-encartés. Première étape pour élargir son camp au plus large possible. En janvier 2012, Challenge révélait que Louis Aliot avait déposé à l’INPI (institut national de la propriété industrielle) le nom «Alliance pour un rassemblement nation» en toute discrétion. Pas un hasard, sans doute.