«France bashing»: Pourquoi les Britanniques aiment-ils tant nous détester?

DIPLOMATIE Alors que le Premier ministre Manuel Valls est en opération séduction ce lundi à Londres, la critique de la France ou «France bashing» est plus intense que jamais du côté nord du «Channel»…

Bertrand de Volontat

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David Cameron et Manuel Valls, le 6 octobre 2014 à Londres (Angleterre).
David Cameron et Manuel Valls, le 6 octobre 2014 à Londres (Angleterre). — VILLEMAIN CYRIL/SIPA

La France, où «rien ne marche», est «finie». «Si vous avez des investissements dans des entreprises françaises, retirez-les rapidement ». Voilà dans quels termes le directeur d’une chaîne britannique de grands magasins parlait la semaine dernière de notre pays. Avant de s’excuser. Des propos qui font écho aux joutes écrites du magazine The Economist, qui réserve régulièrement des unes assassines à la France, et verbales de David Cameron et son fameux tapis rouge déroulé par Londres pour les exilés fiscaux français.

La France n’a pas à rougir

La France est «l'homme malade de l'Europe», confirme Jeremy Lawson, économiste britannique. «Ou plutôt du monde entier», renchérit son homologue Chris Williamson, de Markit, société d’indices économiques, cités par Le Monde. «Il semble que le dénigrement français soit à la mode chez les experts économiques», reconnaît auprès de l'AFP Jean-Louis Missika, adjoint au maire de Paris chargé de l'innovation.

Pourtant, côté statistiques, la France n’a pas à rougir de la comparaison. Si la Grande-Bretagne affiche un taux de chômage historiquement bas (6,2% en août contre plus de 9% en France) et une croissance plus dynamique, le déficit britannique demeure autour de 6% du PIB, nettement plus élevé qu'en France (4,4%) où la productivité horaire est parmi les plus fortes au monde, selon une récente étude d’UBS.

Des divergences historiques

«La France est une cible facile des critiques outre-manche, la faute à des divergences historiques. L’arrivée du socialisme dans les années 1980 puis l’instauration des 35 heures ont été mal perçus par les investisseurs», explique Christopher Dembik, économiste chez Saxo Banque. «Pour les Britanniques, le vrai souci concerne la rigidité du travail car le marché intérieur est sinon bien vu des investisseurs dans le secteur des services», poursuit-il. Pour preuve, la France est la première destination des investissements britanniques en Europe.

Il faut donc creuser plus loin dans l’Histoire pour dénicher la source du French Bashing. «Il existe un fond de rivalité au niveau européen, de jalousie culturelle et économique, ajoute Gilles Leydier, professeur de civilisation britannique à l’université de Toulon. L’Etat britannique s’est construit il y a quatre siècles en opposition du modèle français, avec une monarchie parlementaire, décentralisée, et protestante».

Une opposition de style

En définitive, la Grande-Bretagne regarde d’un mauvais œil l’interventionnisme français (prise de participation dans les grandes entreprises, régulation). «La France est pour eux trop étatisée, trop socialiste et la population trop imposée», détaille Gilles Leydier, professeur de civilisation britannique à l’université de Toulon. Mais loin de se focaliser uniquement sur la France, l’Allemagne reçoit aussi son lot de piques de la part des politiques et de la presse outre-manche qui «critiquent la volonté d’hégémonie économique sur l’Europe», ajoute le professeur.

«Un Premier ministre français à la City, c'est un événement. Un Premier ministre français socialiste à la City, c'est une révolution!», s'est amusé ce lundi Manuel Valls à Londres. «Si les Français sont les bienvenus à Londres, sachez que les Britanniques sont encore plus bienvenus en France !», a-t-il lancé, en écho à la promesse de son homologue britannique. Pas sûr que cela suffise à défaire en un jour ces siècles de French bashing.