UMP: L’art de la polyphonie au bazooka chez les Chirac

POLITIQUE Jacques Chirac soutient officiellement Alain Juppé, quand son épouse Bernadette appuie Nicolas Sarkozy dans l’optique de 2017…

A.-L.B.
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Jacques Chirac et Alain Juppé le 22 octobre 2008 à Bordeaux
Jacques Chirac et Alain Juppé le 22 octobre 2008 à Bordeaux — Patrick Kovarik AFP

Dans la famille Chirac, à chacun sa partition. Deux jours après une pique assassine de son épouse, Jacques Chirac est exceptionnellement sorti de son silence. Il soutient Alain Juppé dans la compétition qui l’oppose à Nicolas Sarkozy pour la présidentielle. Un appui qui tombe à point nommé, à quelques heures de l’intervention d’Alain Juppé au 20h de France 2.

«J'ai toujours su qu'Alain Juppé serait au rendez-vous de son destin et de celui de la France», a déclaré jeudi Jacques Chirac au Figaro: «Peu de choses pouvaient me faire plus plaisir, pour moi-même, pour lui et surtout pour notre pays».

Soutien tonitruant

Un soutien tonitruant qui s’ajoute à la saga d’un Jacques Chirac trublion: En 2011, l’ex-Président avait déclaré qu'il «voterait Hollande» face à Nicolas Sarkozy, «sauf si Juppé est là». 

Pour un homme habitué au silence, cette sortie publique a été sans doute préparée. Elle conforte le maire de Bordeaux, face à un Nicolas Sarkozy tout juste relancé. Et elle répond à la critique de son épouse Bernadette, lundi sur Europe 1, pour qui Alain Juppé est un «homme froid».

Cette polyphonie n’est pas nouvelle chez les Chirac. Tandis que Monsieur soutient Alain Juppé depuis des lustres, avec ce jugement légendaire «le meilleur d’entre nous», Madame soutient résolument Nicolas Sarkozy. N’hésitant pas, au passage, à formuler quelques observations humiliantes sur la maladie de son époux, et à restreindre ses apparitions publiques.

«Nicolas Sarkozy m'a traitée comme une mère»

Début mai, l’ancienne première dame avait évoqué à propos de son mari à la Radio télévision suisse: «Ou il ne se rend pas compte des séquelles de son AVC» ou «il ne veut pas admettre sa maladie», avait-elle alors estimé. Jugeant par ailleurs que «Nicolas Sarkozy [l’a] traitée comme sa mère (...) Il sait qu'il peut compter sur [son] appui et [son] militantisme».

Après l’appui de Jacques Chirac, le camp sarkozyste est resté silencieux ce jeudi. En coulisses, l’ambiance serait toute autre. Selon Le Canard Enchaîné, Nicolas Sarkozy serait «prêt à voir [Jacques Chirac] en cachette n'importe où» pour «se réconcilier». Un appui d’autant plus nécessaire que le retraité de 81 ans fait toujours flancher le cœur des Français.

En effet, sa popularité est au beau fixe. Dans le sondage «Les personnalités- Paris Match/Ifop» d’avril 2012, où il apparaît pour la dernière fois, Jacques Chirac recueille 69% d’opinions positives. Des chiffres stables depuis 2009. Et l’ancien président a rejoint le cercle des icônes politiques. Le site «Fuck Yeah Jacques Chirac» compile et vend des photos insolites de l'ancien chef de l'Etat. Jacques Chirac y incarne une certaine idée du «cool» à la française.