L'enquête sur Bygmalion va-t-elle s'attaquer à Jean-François Copé et Nicolas Sarkozy?

JUSTICE Après la mise en examen des trois fondateurs de Bygmalion, mercredi, les enquêteurs ont interpellé deux cadres de l’UMP ce jeudi matin…

Vincent Vantighem

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Trois anciens dirigeants de la société Bygmalion ont été mis en examen dans l'enquête sur un système de fausses factures dans la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2012
Trois anciens dirigeants de la société Bygmalion ont été mis en examen dans l'enquête sur un système de fausses factures dans la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2012 — Joel Saget AFP

Les protagonistes du dossier s’attendaient à ce que les choses bougent. Mais sans doute pas à cette vitesse-là. Après la mise en examen, mercredi, des trois dirigeants de la société Bygmalion, les enquêteurs de l’office anticorruption ont interpellé et placé en garde à vue, ce jeudi matin, Eric Cesari et Fabienne Liadze, deux cadres de l’UMP qui ont participé à la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2012.

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Enquêtant depuis fin mai sur cette affaire de fausses factures, les trois juges du pôle financier de Paris semblent remonter rapidement les étages de la fusée les uns après les autres. Aux dirigeants de Bygmalion succèdent donc, ce jeudi, les cadres de l’UMP qui mèneront peut-être prochainement les juges vers Jean-François Copé, l’ancien président du parti, et Nicolas Sarkozy, l’ancien Président, candidat en 2012. 20 Minutes fait le point sur l’enquête…

Qui sont les deux cadres de l’UMP placés en garde à vue ce jeudi?

Surnommé «l’œil de Sarkozy», Eric Cesari était le directeur général adjoint de l’UMP au moment de la campagne présidentielle de 2012. Fabienne Liadze était, de son côté, directrice chargée des affaires financières. Ils sont soupçonnés d’avoir participé, avec les dirigeants de Bygmalion, à une réunion au cours de laquelle la mise en place du système de fausses factures a été décidée.

En quoi consistait ce système de fausses factures?

Candidat à la présidentielle de 2012, Nicolas Sarkozy était soumis, comme ses adversaires politiques, à un plafond de dépenses de campagne qu’il ne devait pas dépasser. Au cours de la campagne, les cadres de l’UMP se seraient rendu compte que le candidat allait «exploser» le plafond. 

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Pour éviter cela, les cadres de l’UMP auraient donc mis en place un système de fausses factures avec la société Bygmalion, chargée d’organiser les meetings du parti et du candidat. Dans les lignes de comptes, les coûts de certains meetings du candidat auraient donc été dirigés sur les comptes du parti sous l’étiquette de fausses conventions.

De quels éléments disposent les juges?

Si l’affaire paraît complexe, elle est déjà à peu près claire pour les magistrats. Fin mai, lors d’une interview confession sur BFM TV, Jérôme Lavrilleux, le bras droit de Jean-François Copé est passé aux aveux, reconnaissant un «dérapage sur le nombre de meetings» du candidat Sarkozy et la mise en place du système occulte pour le dissimuler.

Jérôme Lavrilleux reconnaît un «dérapage» sur BFM TV

Mis en examen mercredi, Guy Alvès, cofondateur de Bygmalion, a, lui aussi, confirmé aux juges «qu’un dispositif avait été mis en place aux termes duquel l’UMP prenait en charge de façon irrégulière des frais de campagne de Nicolas Sarkozy».

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Selon une estimation versée au dossier, quelque 18,5 millions d’euros auraient ainsi transité d’un compte à l’autre. Tout le travail des juges consiste désormais à savoir qui était au courant de cette manœuvre prétendument frauduleuse.

Quels éléments impliquent Nicolas Sarkozy?

Interrogé sur cette affaire sur France 2, l’ancien président de la République a répondu par une pirouette: «Est-ce que vous me prêtez deux neurones dans ma tête? Est-ce que vous croyez que si j’avais quelque chose à me reprocher au fond de moi, je viendrais m’exposer dans un retour à la politique comme aujourd’hui?»


Nicolas Sarkozy et ses «deux neurones dans [sa] tête» sur France 2

Une ligne de défense mise à mal par l’existence d’un SMS qu’aurait reçu Guillaume Lambert, directeur de la campagne de Nicolas Sarkozy, le 28 avril 2012, soit entre les deux tours de la présidentielle. «Nous n’avons plus d’argent. JFC [Jean-François Copé] en a parlé au PR [Président de la République]», indique le message qui est alors envoyé par Jérôme Lavrilleux.

Mis en examen mercredi, Bastien Millot, fondateur de Bygmalion, a, lui, dénoncé, en sortant du bureau des juges «certains responsables, et non des moindres, de la campagne présidentielle de 2012 qui se drapent dans la posture de victime, un peu grossièrement et un peu rapidement.»

Y a-t-il déjà des conséquences politiques?

Assurément, l’affaire tombe mal alors que les candidats à la présidence de l’UMP et à la primaire pour 2017 sont déjà en campagne. Alors que Nicolas Sarkozy a toujours prétendu avoir découvert l’existence de Bygmalion après l’élection présidentielle de 2012, il a été démenti, mercredi soir, par François Fillon, son ancien Premier ministre aujourd’hui opposant.

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«Je n'étais pas associé à l'organisation de la campagne de 2012 mais j'ai souvent entendu parler de Bygmalion, et j'ai souvent vu que Bygmalion était une entreprise qui travaillait régulièrement avec l'UMP», a-t-il ainsi déclaré sur BFMTV.