Sénatoriales: Pourquoi la gauche ne craint pas un Sénat à droite

POLITIQUE Les conséquences d’une défaite de la gauche au Sénat restent relatives pour la majorité…

Anne-Laëtitia Béraud
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Vue générale du Sénat le 9 avril 2014
Vue générale du Sénat le 9 avril 2014 — Francois Guillot AFP

Le basculement du Sénat à droite, une tragédie pour la majorité? Après la «vague bleue» aux municipales de mars 2014, la Haute Assemblée devrait revenir à droite à l’issue des élections de dimanche. Et mettre fin à cette parenthèse ouverte en 2011, lorsque le Sénat est passé à gauche pour la première fois dans l'histoire de la Ve République. Si la défaite est pressentie à gauche, celle-ci ne semble pas la terroriser. Pourquoi? 20 Minutes vous explique.

Parce que la défaite est attendue à gauche

Si la gauche est aujourd’hui majoritaire au Sénat, elle n’en reste pas moins numériquement faible: en 2011, elle a gagné avec six sièges d’écart. Avec le succès de la droite aux dernières municipales, les grands électeurs, issus à 95% des conseils municipaux, devraient confirmer la tendance d’une «vague bleue». Sur le terrain, plusieurs basculements vers la droite sont attendus, comme en Haute-Garonne, où Toulouse a été perdue par la gauche en mars 2014, ou encore dans le Territoire de Belfort, où Jean-Pierre Chevènement ne se représente pas.

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Outre ce nouvel équilibre politique sur le terrain, les derniers dossiers portés par le gouvernement hérissent les élus locaux: la réforme territoriale, les dotations aux collectivités locales, les rythmes scolaires… Autant de conflits qui pourraient dissuader des grands électeurs de voter à gauche. «Le climat politique est mauvais pour nous, je l'assume. (…) Nous ne sommes pas favoris, mais il y a des challengers qui ont créé la surprise», déclarait il y a peu à Public Sénat Didier Guillaume, président du groupe PS au Sénat. Même son de cloche pour Maryvonne Blondin, sénatrice PS sortante dans le Finistère. Au Parisien, la sénatrice confiait: «Ce qui se passe au national ne nous aide pas beaucoup.»

Parce que le Sénat se rebiffe déjà

Même s’il est à gauche depuis 2011, le Sénat n’en est pas moins casse-pieds pour le gouvernement. En moins de trois ans, la Haute Assemblée a rejeté plusieurs textes importants, comme le budget, les tarifs de l’énergie, ou encore la réforme territoriale. Des sénateurs communistes, radicaux de gauche et parfois socialistes se sont parfois alliés à l’opposition pour renverser les textes de gauche. Une rébellion qui a le don d’énerver l’exécutif: le 19 septembre 2013, après que les sénateurs dénaturent le texte sur le cumul des mandats, Manuel Valls, alors ministre de l’Intérieur, prévient: «Vous feriez erreur (…) car ce texte sera adopté par l'Assemblée nationale.» Une manière pas très diplomate de remettre les sénateurs à leur place.

Parce que l’Assemblée nationale a le dernier mot

Enfin, le système parlementaire français n’est pas équitable. En cas de désaccord sur l’adoption d’un texte de loi, l’Assemblée nationale a le dernier mot. La procédure n’est ni simple ni rapide, mais un Sénat hostile ne peut pas grand-chose face à la gauche. Celle-ci étant majoritaire à l’Assemblée nationale, elle impose ses choix. Politiquement, l’image est tout autre. En effet, un Sénat qui pourrit les projets d’un exécutif à la peine ne va pas, évidemment, l’aider à se requinquer.