Retour de Sarkozy: «Une vraie rupture dans la communication politique française»

POLITIQUE L'ancien chef de l'Etat a annoncé son retour via sa page Facebook...

Propos recueillis par Thibaut Le Gal
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Nicolas Sarkozy lors de l'inauguration du inauguration de l'institut Claude Pompidou, le 10 mars 2014.
Nicolas Sarkozy lors de l'inauguration du inauguration de l'institut Claude Pompidou, le 10 mars 2014. — VALERY HACHE

Le retour officiel de Nicolas Sarkozy dans la vie politique est acté. Ce come-back se diffuse grâce à un plan stratégique bien précis et étalé sur trois jours: Facebook vendredi, le JDD et le 20 heures de France 2 ce dimanche. Florian Silnicki, expert en stratégies de la communication, estime que ce retour est une réussite car il replace l'ancien chef de l'Etat dans le débat public et utilise la force de viralité des réseaux sociaux.

Est-ce étonnant d’avoir choisi Facebook pour annoncer son retour? 

C’est une vraie rupture dans la communication politique française. Pour la première fois, on utilise un réseau social pour se porter candidat. Nicolas Sarkozy mesure la puissance de viralité des réseaux sociaux: c'est-à-dire l’impact de leur diffusion auprès des Français. Il sait que sur Facebook, ses publications vont être plus relayées, plus commentées, il pousse sa communauté à s’engager. Facebook est la rampe de lancement de sa campagne. Il a compris qu’il y avait là un moyen de faire la différence.

Et pouvoir déjà devancer ses adversaires...

Sa communauté de suiveurs est beaucoup plus importante que celle de ses adversaires. Sarkozy est dans un rapport de 1 à 2 avec Hollande par exemple [972.000 contre 497.000]. Son message a, lui, atteint des records de reach (nombre de personnes touchées par une publication).

Facebook est le réseau idéal car il touche le quotidien des Français, et un public bien plus large que France 2 ou le JDD. Nicolas Sarkozy et ses équipes l'ont compris alors que les politiques français sont de ce point de vue très en retard par rapport aux Américains. Ce qui va être intéressant, c’est d’analyser le taux de conversion de la mobilisation sur les réseaux sociaux vers le terrain politique.

Un message posté vendredi, et une prise de parole deux jours plus tard, pourquoi?

Tactiquement, c’est intéressant car ça le place au cœur du débat public. Son retour est au centre de toutes les attentions. Que vous soyez un allié ou un adversaire, vous êtes obligés de vous positionner. On voit bien la stratégie des concurrents, FN et PS en tête: leur volonté est de banaliser le retour de Nicolas Sarkozy. Dire: ce n’est pas un événement car il n’est jamais sorti de la vie politique. Ce temps de latence a permis d’infuser son come-back dans le débat et de matérialiser son retour.

Nicolas Sarkozy se présente comme un homme nouveau...

La stratégie est de montrer un nouveau comportement, une prise de distance sur les choses. Dans un certain nombre d’interviews, il déclare avoir beaucoup lu, s’être attaché à l’histoire de la France, de ses grands auteurs. Cela tranche avec l’image de celui qui méprisait la princesse de Clèves. François Hollande a compris la stratégie mise en place. Ce n’est pas un hasard si lors de sa conférence de presse jeudi, le président a évoqué Lamartine ou Victor Hugo. L’affrontement pour 2017 commence dès maintenant.

Un homme nouveau, sans esprit de revanche ou agressivité, mais qui a déjà commencé à taper sur ses adversaires...

Il ne faut pas l'oublier: la communication politique, c’est avant tout de la politique, donc un lieu de compétition. La mise en place d'un changement n’exclut pas de pouvoir pointer les faiblesses de ses adversaires.

Dernière étape, ce dimanche soir au JT de France 2...

Il y a eu trois étapes avec trois messages et trois publics visés. Facebook comme rampe de lancement. L'entretien au JDD pour dévoiler la méthode. Et le JT de France 2 pour évoquer le fond: comment il compte changer les choses, sur quels axes idéologiques il se positionne.