«Avec le retour de Nicolas Sarkozy, tout va changer à l'UMP sauf la couleur des rideaux»

INTERVIEW Pour le politologue Thomas Guénolé, l'ancien chef de l'Etat veut sauver d'abord son parti puis la France...

Propos recueillis par Thibaut Le Gal
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Nicolas Sarkozy au Parc des Princes, le 31 août 2014.
Nicolas Sarkozy au Parc des Princes, le 31 août 2014. — L.VU/SIPA

Il revient. Nicolas Sarkozy a officialisé vendredi sur sa page Facebook son retour dans le grand bain de la vie politique. Pour le politologue Thomas Guénolé, auteur de Nicolas Sarkozy, chronique d’un retour impossible, si l'ancien chef de l'Etat souhaite prendre les rênes de l'UMP c'est pour éviter les primaires ouvertes au centre pour 2017 et un duel délicat avec à Alain Juppé.

Nicolas Sarkozy revient...

Pour qu’il y ait retour, il faudrait que Nicolas Sarkozy soit parti. Depuis deux ans, la plupart des médias ont «acheté» le storytelling. Mais Sarkozy n’est jamais parti. Il parle par l’intermédiaire de ses «porteurs de flingue». Un exemple en juin: Brice Hortefeux appelle Nicolas Sarkozy à être candidat à la primaire UMP. Il parle évidemment sous la dictée de son mentor. On pourrait multiplier les exemples avec les déclarations de Carla Bruni, la création de l’Association des amis de Nicolas Sarkozy...

Prendre le parti, est-ce la bonne tactique? 

Après la guerre Copé-Fillon, ce dernier a obtenu la modification des statuts de l’UMP. L’article 34 indique que le candidat à la présidentielle sera désigné par une primaire ouverte, à l’image de celle organisée par le PS en 2011. Nicolas Sarkozy veut reprendre l’UMP uniquement pour se débarrasser de cette primaire ouverte. Car si ce sont uniquement les adhérents de l’UMP qui choisissent le candidat, il est largement devant. Mais si ce sont les sympathisants de droite et du centre qui votent, Juppé est devant. Il est donc vital pour lui de le faire sauter.

N’est-ce pas dangereux de revenir par l’intermédiaire du parti? 

A mon avis, il va être président en régnant sur le parti sans le gouverner quotidiennement. On peut imaginer qu’il délègue la gestion des affaires au secrétaire général ou au vice-président. La vraie question est de savoir qui sera cette personne. Wauquiez? NKM?

On annonce un grand chamboulement à l’UMP…

Ce qui se profile, c’est une sorte de big-bang du parti. A part la couleur des rideaux, tout va changer. Deux intérêts pour lui. Incarner le renouveau de la droite, puis celui du pays alors qu’il a déjà été président. Mais surtout, cela permettra de noyer dans une avalanche de changement la suppression de l’article 34. En apparence, ce serait une petite modification. En réalité, elle lui éviterait de perdre.

Sur quelle ligne politique peut-on l’attendre ? 

D’abord celui de l’homme providentiel, venu sauver la droite puis la France. C’est un mythe politique ancestral qui remonte à la Rome antique. C'est Cincinnatus, sortant de sa retraite pour sauver la République avant de délaisser le pouvoir et retourner à ses champs.

Sur le fond, il semble se positionner comme en 2004-06 sur une ligne blairiste de droite. Il choisira une douzaine de thèmes prioritaires pour les Français et se présentera en grand réformateur. La ligne Buisson ne sera plus prépondérante dans son discours car elle l’a conduit à l’échec en 2012.

Pourra-t-il rassembler le centre et la droite?

Sarkozy veut éviter une dispersion des candidatures au premier tour. Pour  l’instant les quatre candidats de l’UDI ont refusé. On peut imaginer qu’il tentera d'acheter» politiquement le ralliement d’un maximum de personnalités du centre, comme en 2012. N’oublions pas que l’UDI a été construite sur le rejet catégorique et non négociable de la ligne Buisson. L’électorat centriste dans sa majorité lui en veut à cause de ça.

Existe-t-il un risque de miser sur Sarkozy avec les affaires judiciaires qui traînent ? 

La droite a toujours cette épée de Damoclès au-dessus d'elle. Pour le moment, il s’en est toujours sorti avec la méthode Berlusconi «C’est un complot politique pour m’éliminer». D’autant plus qu’il n’a pas toujours eu tort.

Finalement, Sarkozy est une bonne nouvelle pour la gauche? 

Parce qu’il rassemble au plus large l’électorat de droite, il est le meilleur candidat possible de l’UMP pour le premier tour. Mais comme il est le plus rejeté des candidats à gauche et au centre, il est le moins bon pour le second.

Cela reviendrait à quitter l’île d’Elbe pour terminer à Sainte-Hélène comme Napoléon… 

On a beaucoup insisté sur la dimension bonapartiste du personnage, je me demande dans quelle mesure on n’assisterait pas aux Cent jours de Nicolas Sarkozy.