Marisol Touraine: «Être de gauche, c’est concilier la réforme économique et le progrès social»

POLITIQUE La ministre a répondu aux questions de «20 Minutes» après le discours de politique générale de Manuel Valls devant les députés…

Propos recueillis par Anissa Boumediene

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La ministre des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes Marisol Touraine.
La ministre des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes Marisol Touraine. — Miguel Medina AFP

Même s'il perd sa majorité absolue, le gouvernement de Manuel Valls a obtenu la confiance des députés ce mardi. Marisol Touraine, la ministre des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes, est revenue pour 20 Minutes sur le vote de confiance et les annonces du Premier ministre.

L’Assemblée a renouvelé sa confiance au gouvernement avec 269 voix pour, contre 306 en avril, est-ce une victoire ou le signe d’une majorité qui s’effrite?

La majorité a donné sa confiance au gouvernement, ce qui va nous permettre d’aller de l’avant pour poursuivre notre politique pour l’emploi et pour la croissance, pour amplifier notre politique sociale. C’est cela que les Français attendent: que nous travaillions pour leur quotidien.

Le Premier ministre a annoncé une «prime exceptionnelle» pour les petites retraites, pourquoi pas une revalorisation pérenne ?

Si on appliquait les règles habituelles de revalorisation des retraites, dont le calcul se fait sur deux ans, aucun geste n’aurait été fait et c’est inacceptable, parce que beaucoup de retraités ont du mal à boucler leurs fins de mois. Le Premier ministre a donc annoncé deux mesures importantes: tous les retraités qui ont une retraite inférieure à 1.200 euros par mois bénéficieront d’une prime exceptionnelle de 40 euros, qui leur sera versée en une fois, et les bénéficiaires du minimum vieillesse auront une revalorisation durable de leur retraite qui va passer à 800 euros, soit 8 euros de plus chaque mois pour les retraités les plus modestes.

Cela suffit-il à vraiment améliorer le pouvoir d’achat des plus modestes? Et alors que le gouvernement est engagé dans un plan d’économies, combien cela va coûter à l’Etat ?

C’est un effort de solidarité significatif qui est fait en direction des retraités les plus modestes. Comme il n’y a pratiquement pas d’inflation, c’est pour eux un gain concret de pouvoir d’achat. Ces mesures représentent un effort pour l’Etat, en termes financiers, mais c'est de solidarité qu'il s'agit et c’est cela qui compte.

Entre la croissance atone et le plan d’économies du gouvernement, ne va-t-il pas falloir poursuivre le gel des retraites plus élevées jusqu’en 2017, au lieu d’octobre 2015 comme initialement prévu?

Non, nous nous sommes engagés à ce que les efforts demandés soient ponctuels et il n’y aura pas plus d’économies réalisées que ce qui a d’ores et déjà été annoncé. Plus globalement, c’est avant tout à la solidarité que nous travaillons, à la relance de l’activité économique pour dégager de nouvelles marges et permettre de soutenir l’activité, l’emploi, les petites retraites et la santé, qui est essentielle.

Manuel Valls a également rappelé la généralisation du tiers payant…

Le Premier ministre a rappelé que notre modèle social était l’un des fondements de notre République. Cela suppose que chacun puisse se soigner. Désormais, on pourra aller voir son médecin sans avancer l’argent de la consultation, comme à l'hôpital, ce qui permettra à tous d’aller se faire soigner sans se poser de questions d’argent. Et cela n’aura pas de coût pour l’Etat.

La semaine dernière, le gouvernement assurait pouvoir tenir le cap des 21 milliards d’euros d’économies pour 2015, mais 2 milliards vont manquer à l’appel à cause de la faible inflation. Est-ce la branche maladie de la Sécurité sociale qui va devoir se serrer la ceinture?

La santé est un élément à préserver, parce que c’est un pilier de notre modèle social, et dans le même temps, des économies importantes ont déjà été réalisées. Au cours des trois prochaines années, 10 milliards d’euros vont être économisés dans le secteur de la santé, tout en préservant la qualité du système de santé.

Les économies vont porter sur les médicaments, notamment en favorisant les génériques, par la lutte contre les actes redondants, le développement de la chirurgie ambulatoire et de la médecine de proximité. La lutte contre la fraude est également importante, mais ce n’est pas le pilier de ma politique, car ce qui compte, c’est la détermination du gouvernement à amplifier notre politique sociale. C’est primordial, surtout à un moment où on est confronté à la surenchère du Medef et de la droite, qui font de la mise en cause du modèle social la clé de la relance.

Avec ce discours de politique générale, doit-on voir un virage à gauche de Manuel Valls ou le maintien du cap du gouvernement?

Le Premier ministre a réaffirmé notre cap. C’est un moment important du quinquennat, car la confiance donne de la force et conforte le gouvernement dans l’action qu’il mène. Les choix économiques que nous avons faits vont être poursuivis, tout en ayant à cœur de valoriser notre modèle social, parce que réformer, ce n’est pas casser ou régresser, ce n’est pas l’austérité, c’est agir dans la durée pour les valeurs de solidarité et d’égalité chères à la gauche. Car être de gauche, c’est concilier la réforme économique et le progrès social.