Vote de confiance: Il s'agit d'«un désaveu qui fragilise l’assise politique du gouvernement»

INTERVIEW Pour Rémi Lefebvre, professeur en sciences politiques et spécialiste du PS, Manuel Valls n'a obtenu qu'une majorité relative lors du vote de confiance...

Propos recueillis par Thibaut Le Gal

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Vue générale de l'Assemblée nationale lors du discours de politique générale de Manuel Valls, le 8 avril 2014
Vue générale de l'Assemblée nationale lors du discours de politique générale de Manuel Valls, le 8 avril 2014 — Patrick Kovarik AFP

Manuel Valls a obtenu la majorité relative lors du vote de confiance mardi avec 269 votes pour (53 abstentions et 244 contre). Le Premier ministre perd 44 soutiens par rapport au dernier vote le 8 avril dernier. Trente et un frondeurs PS se sont abstenus (contre 11 en avril). «C'est un échec pour Manuel Valls», analyse le professeur en sciences politiques et spécialiste du PS, Rémi Lefebvre, qui estime que «la situation est dans l'impasse et risque de perdurer».

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Valls n’obtient pas la majorité absolue, est-ce un échec?

C’est un échec. Le pari de Manuel Valls était d’affirmer son autorité, et acculer les frondeurs socialistes. Ils ont au contraire amplifié leur audience dans le groupe parlementaire (passant de 11 abstentions à 31) en dépit du rappel à l’ordre. Ça veut dire que le Premier ministre a du souci à se faire pour la suite. La légitimité du pouvoir est entamée. C’est le signe tangible d’une forme de désaveu qui fragilise l’assise politique du gouvernement.

Quelles conséquences ?

Cela ne présage rien de bon pour le gouvernement. Je pense que beaucoup de députés socialistes qui ont voté la confiance ne seront pas enclins à voter le budget de 2015 [en novembre] par exemple. La situation économique et sociale s’est dégradée. On approche aussi des prochaines échéances électorales. Chez les socialistes, le désaccord politique va au-delà des frondeurs. Certains n’ont pas voulu ajouter de la confusion à la crise, mais ce qui monte chez les députés, c’est que la politique choisie n’est pas la bonne. Faute de résultats, Manuel Valls ne peut pas résorber le stock des frondeurs.

Les frondeurs pourront-ils peser sur la politique à venir?

A 31 députés, ce n’est pas suffisant. De plus, les frondeurs socialistes agacent une partie de leur camp. Il ne faut pas qu’ils se marginalisent. En réalité, à l’issue du vote, personne n’est satisfait. Manuel Valls est entravé par les frondeurs, et eux n’obtiennent pas de fléchissement de la politique, et vont persévérer. Hollande et Valls sont allés très loin avec le remaniement. Ils ont durci la ligne et il serait aussi très coûteux politiquement de donner impression de faire machine arrière. La situation est dans l’impasse et risque de perdurer.

Le gouvernement devra-t-il gouverner par la force?

On peut imaginer un durcissement, un recours aux ordonnances. Valls garde la majorité relative mais le problème c’est que les lois ne sont pas défendues. Il est affaibli dans sa majorité, et n’a pas de soutien hors de sa majorité. Il n’y aura toutefois pas de systématisme, les députés voteront au gré des lois. Peut-on imaginer des sanctions du parti socialiste? Le gouvernement aura besoin de chacune des voix. Il pourrait faire à la marge quelques concessions, mais en raison du déficit, les marges de manœuvre sont réduites. Le petit jeu avec les frondeurs risque de continuer.