Razzy Hammadi: «Ne pas voter la confiance quand on est socialiste, c’est irresponsable»

INTERVIEW Razzy Hammadi, député socialiste de Seine-Saint-Denis fustige l'attitude des frondeurs de la majorité qui vont s'abstenir mardi après-midi lors du vote de confiance au gouvernement Valls après son discours de politique générale...

Propos recueillis par Mathieu Bruckmüller

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Le député socialiste Razzy Hammadi, 35 ans,le 27 novembre 2013
Le député socialiste Razzy Hammadi, 35 ans,le 27 novembre 2013 — Fred Dufour AFP

Rebelote. Cinq mois après avoir obtenu la confiance de l'Assemblée nationale, Manuel Valls répète l'exercice ce mardi à 15h00 pour reprendre la main après une rentrée catastrophique, avec le grand risque de n'obtenir qu'une majorité étriquée. Razzy Hammadi, député socialiste de Seine-Saint-Denis, situé à l'aile gauche du Parti socialiste (PS), explique à 20 Minutes pourquoi il votera la confiance au gouvernement Valls II.

Pourquoi allez-vous donner votre confiance au gouvernement Valls II?

Pour trois raisons: cohérence, responsabilité et espoir. Cohérence car je fais partie de ceux qui au sein de la majorité ont voté à l’automne 2012 contre le traité européen renégocié par François Hollande qui instituait la règle d’or imposant d’équilibrer les comptes publics. Il y aurait de ma part un sérieux paradoxe, au moment où comme jamais le chef de l’Etat et le gouvernement tente d’obtenir auprès de leurs partenaires une réorientation de la politique européenne en faveur de la croissance, de ne pas voter la confiance au Premier ministre.

Responsabilité car ne pas voter la confiance c’est prendre le risque de faire tomber le gouvernement Valls. Et in fine de le voir remplacé pas un gouvernement de droite, voire d’extrême droite. Et là, en cas de retour de la droite, ce ne serait pas 50 milliards d’euros d’économies d’ici à 2017 comme le souhaite l’exécutif mais 100, voire 150 milliards d’euros d’économies. Ce serait aussi faire une croix sur l’embauche des 60.000 enseignants supplémentaires d’ici à la fin du quinquennat.

Ce serait la fin d’une politique que nous tâchons d’équilibrer entre le soutien à l'investissement, aux personnes en difficulté et redonner des marges de manœuvres aux entreprises. Ne pas voter la confiance, c’est à coup sûr risquer de voir débarquer en France l’austérité telle qu’elle est pratiquée par exemple en Grèce ou au Portugal. Ne pas voter la confiance quand on est socialiste, c’est irresponsable.

Vous parlez d’espoir. La situation est-elle si désespérée pour le PS? Selon un sondage, les trois quarts des Français estiment que le parti peut éclater d’ici 2017...

Le PS est dit au bord de la disparition depuis sa création. Mais oui, je parle d’espoir. Car si la gauche a hérité d’une situation catastrophique en 2012, nous pouvons réussir le redressement de ce pays. Nous sommes à un moment charnière. Nous sommes la cinquième puissance économique mondiale. Les députés de la majorité doivent être à la hauteur.

Que dites-vous à la trentaine de députés PS qui pourraient s’abstenir alors qu'ils n'étaient que onze lors du premier discours de politique générale de Manuel Valls en avril?

Il y a une part d’hypocrisie dans leur décision. Ils s’abstiennent tout en ayant la certitude qu’il y aura suffisamment de voix pour garantir un vote de confiance au gouvernement. Je ne vois pas ce qui change entre le dernier vote de confiance et aujourd'hui. Pourquoi avoir voté pour hier et s’abstenir aujourd'hui?

>> Vote de confiance: «Un instrument de soumission de la majorité parlementaire». Lire l'interview du frondeur Jean-Marc Germain qui va s'abstenir