Vote de confiance: «Un instrument de soumission de la majorité parlementaire»

POLITIQUE Le député socialiste frondeur Jean-Marc Germain s'abstiendra ce mardi pour infléchir la ligne économique du gouvernement...

Propos recueillis par Thibaut Le Gal

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Le député PS Jean-Marc Germain, le 25 août 2014 à Paris
Le député PS Jean-Marc Germain, le 25 août 2014 à Paris — Joel Saget AFP

Manuel Valls se soumettra mardi une deuxième fois en six mois au vote de confiance de l'Assemblée. La dernière fois, c'était le 8 avril, quelques jours après sa prise de fonction au poste de Premier ministre. Il avait obtenu la confiance des députés par 306 voix contre 236. Depuis, les mauvaises nouvelles se multiplient, accentuant le climat de défiance à l'encontre du gouvernement, parfois même au sein de sa majorité. De 25 à 30 abstentions sont ainsi attendues chez les députés frondeurs (contre 11 en avril). Jean-Marc Germain, député des Hauts-de-Seine (12e circonscription), est l'un des chefs de file de ces socialistes déçus. Il s'abstiendra mardi pour tenter d'infléchir la ligne économique du gouvernement depuis l'intérieur du parti.

Quel est le sens de cette « abstention collective» des frondeurs?

Obtenir une inflexion de la ligne économique du gouvernement et le vrai rendez-vous en la matière ce sont les débats budgétaires de l’automne. On souhaite garder notre liberté pour peser sur ces textes-là. S’il n’y a pas un soutien au pouvoir d’achat des ménages et à l’investissement local, on ne sortira pas de la crise. Le chômage continuera à augmenter et la France ne sortira pas de l’ornière. La réorientation que l’on souhaite est fondamentale pour l’avenir du pays.

Pourquoi ne pas aller au bout et voter contre le gouvernement?

Voter contre, ce serait nous auto-exclure du PS. Ce serait la dissolution et le retour de la droite au pouvoir. Cette abstention se veut une main tendue pour établir la feuille de route des trois ans à venir avec le gouvernement et les parlementaires. On souhaite poursuivre notre action au sein du parti socialiste, changer les choses de l’intérieur. Il n’y a pas de schisme.

Cela ressemble à une opposition de façade…

Le vote de confiance est un archaïsme de la Ve République car ce vote ne sert à rien. Ce sont les lois qui comptent. Pire, cette procédure est un instrument de soumission de la majorité parlementaire. On nous dit « soit vous acceptez tout en bloc soit tout s’arrête ». Et si nous votions la confiance, sur chacun des textes à venir, on nous dira : vous avez accepté tout ça, vous n’allez pas y revenir aujourd’hui. Autant les motions de défiance peuvent être utiles, autant forcer la main d’une majorité n’a aucun intérêt.

On attend entre 25 à 30 abstentions…Comment se faire entendre lorsqu’on est minoritaire?

Nous disons tout haut à 30 ou 40 ce que 90% des députés de gauche pensent tout bas. La ligne qu’on porte est majoritaire à gauche et dans le groupe socialiste. Ils nous disent : vous avez raison sur le fond mais on ne peut pas s’abstenir. Je leur demande de nous rejoindre. A 60-70, on pèsera vraiment. Il n’est pas trop tard pour réussir.  

Manuel Valls en appelle à la responsabilité face à la menace Marine Le Pen…

Il n’y a pas de menace Le Pen. Manuel Valls se trompe sur la gravité de la situation. Le FN est élevé, mais n’est pas aux portes du pouvoir. Le pays est en crise mais n’est pas au bord de l’effondrement économique ou social. En étouffant le débat, les Français ont l’impression qu’on leur confisque le pouvoir.

On vous a vu ce week-end à la Fête de l’Huma avec Pierre Laurent, Jean-Luc Mélenchon…

On vient tous les ans à la fête de l’Huma. Pierre Laurent est venu fin août à La Rochelle, il était normal que certains socialistes se déplacent au Bourget. Les frondeurs peuvent servir de trait d’union entre le parti socialiste et cette gauche radicale. Pas pour construire une gauche alternative. Mais pour renouer le contact, montrer que la gauche discute, et essayer de construire un avenir commun.