Quels moyens la France pourrait-elle engager dans la lutte contre l'Etat islamique?

DIPLOMATIE La France s’est engagée à participer à la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis pour lutter contre les djihadistes de l’Etat islamique en Irak et en Syrie…

Anne-Laëtitia Béraud

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Illustration de soldats français.
Illustration de soldats français. — JOEL SAGET/AFP

48h après le dévoilement de la stratégie américaine face aux djihadistes de l’Etat islamique (EI), le Président François Hollande se rend en Irak ce vendredi, où il doit préciser l’engagement français dans ce pays et en Syrie. Et lundi, il inaugurera à Paris une conférence internationale sur la «paix et la sécurité» avec les partenaires internationaux, où le sujet sera de nouveau évoqué.

«Nous participerons si nécessaire à une action militaire aérienne» contre les djihadistes de l’EI, a expliqué Laurent Fabius, mercredi soir à Sciences Po Paris. Le ministre des Affaires étrangères a également annoncé des «livraisons de matériels militaires» et «de l’aide humanitaire». En Syrie, ravagée par la guerre civile, cette lutte revêtrait une autre forme: «Nous continuerons à aider l'opposition modérée syrienne qui combat à la fois l'Etat islamique et le régime [du président syrien] Al-Assad», a précisé Laurent Fabius.

De la formation militaire aux soldats étrangers

Concrètement, une dizaine d’appareils français dont un avion-radar awacs et des chasseurs bombardiers devraient participer aux frappes aériennes, affirme Europe 1 jeudi. Qui ajoute que 250 membres des forces spéciales pourraient être déployés sur le terrain. Un chiffre «probable», explique à 20 Minutes le député européen Arnaud Danjean, membre de la sous-commission «Sécurité et Défense» au Parlement européen.

L’élu, ancien membre de la DGSE puis conseiller ministériel à la Défense, précise que «cela pourrait se traduire par quelques personnels en Irak en plus des prépositionnés à Djibouti, aux Emirats arabes unis, en Jordanie. Des militaires qui ne combattent pas, mais assurent l’encadrement». Une formation destinée notamment aux Kurdes, qui combattent les djihadistes dans le nord de l'Irak et auxquels la France délivre armes et aide humanitaire depuis l’été. Pour Arnaud Danjean, «des opérations ciblées nourries d’alliances à géométrie variable» seraient plus efficaces pour éradiquer l’Etat islamique qu’une «coalition hétérogène aux objectifs politiques très différents à moyen terme».

Questions sur les moyens français

Du côté de la Défense, jeudi, on reste muet sur les hommes et les matériels français bientôt engagés. «Nous ne parlons pas de la planification des moyens tant que la coalition n’est pas finalisée», a indiqué jeudi le directeur du centre de communication du ministère, Pierre Bayle. Mais les structures au Moyen-Orient sont déjà opérationnelles. Les Emirats arabes unis (EAU) accueillent la base aérienne française 104 Al Dhafra, qui compte six avions de chasse Rafale, mais aussi une base navale et une demi-brigade de Légion étrangère.

Alors que la diplomatie française est en effervescence, reste une question pour les militaires: Comment assurer, dans de bonnes conditions, un nouveau théâtre d’opération extérieure? «C’est juste pour certains matériels. On est en permanence en train d’ôter ici pour mettre là», indique un gradé ce jeudi. Un risque d’emballement accru alors que le sud de la Libye, devenu incontrôlable depuis la chute de Kadhafi, pose question pour l’Etat français. Lundi, dans le Figaro, le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian déclarait que la France «doit agir» dans le sud libyen. Cette région attire en effet tous les appentis djihadistes de la région sahélienne.