Affaire Thévenoud: «Je me dis que c’est un psychopathe!», s'insurge une contribuable

REPORTAGE «20 Minutes» est allé à la rencontre des contribuables pour leur demander ce qu’ils pensaient du cas Thévenoud…

Anissa Boumediene
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Thomas Thévenoud à l'Elysée, le 27 août 2014. AFP PHOTO / BERTRAND GUAY
Thomas Thévenoud à l'Elysée, le 27 août 2014. AFP PHOTO / BERTRAND GUAY — AFP

A quelques jours de la date butoir pour régler le dernier tiers des impôts sur le revenu (le 15 septembre), l’annonce de la «négligence» de Thomas Thévenoud, débarqué de son secrétariat d’Etat au commerce extérieur au bout de neuf jours pour n’avoir pas déclaré ni payé ses impôts au cours des trois dernières années, a du mal à passer auprès des contribuables. 20 Minutes est allé recueillir les impressions des contribuables devant l’Hôtel des impôts du IXe arrondissement de la capitale.

L’Hôtel des impôts du IXe arrondissement de Paris. - A.Boumediene/20 Minutes

«Irresponsable»

«C’est regrettable, triste et irresponsable, déplore Sam, trentenaire en costume venu régler ses impôts. Non seulement il n’a pas rempli ses devoirs de citoyen, mais en tant que responsable politique, il a manqué à son devoir d’exemplarité, pourtant cher au gouvernement PS».

Un comportement qui selon le jeune homme «nuit à la confiance que les gens portent à la classe politique, dont une partie semble se penser au-dessus des lois, pendant qu’on doit prendre sur son temps de travail pour venir régler ses impôts», s’insurge-t-il.

«Une bande de branquignolles!»

«Lamentable», c’est le premier mot qui vient à l’esprit d’Inès. «La question que je me pose, c’est comment les plus hautes instances, le cabinet du Premier ministre et celui du président pouvaient ne pas être au courant avant de le nommer! Je me dis que c’est quand même une bande de branquignolles!», moque la jeune femme dans un sourire malicieux.

Inès, contribuable parisienne, compare l’exécutif à "une bande de branquignolles". - A.Boumediene/20 Minutes

 

«Après, on a tous dans notre entourage des gens qui ont une phobie de l’administration et les problèmes qui vont avec: c’est une nature, c’est pathologique. Je ne pense pas qu’il soit représentatif de la classe politique française. Selon moi, c’est un problème d’individu», nuance-t-elle. «En revanche, tenir ce discours, plaider la négligence et vouloir garder son siège de député, c’est là où je me dis que c’est un psychopathe!»

Impunité contre exemplarité

Même son de cloche pour Monique, qui trouve la ligne de défense de Thomas Thévenoud «un peu étrange. Les excuses qu’il donne ne sont pas recevables pour un représentant de la nation». Venue corriger des erreurs sur sa déclaration, la contribuable trouve l’attitude du député «inadmissible et extrêmement choquante».

Convaincue que tout le monde doit contribuer à l’effort national, Monique est «troublée de voir tous ces gens, Thévenoud, Cahuzac, Balkany et j’en passe, qui occupent des postes prestigieux au gouvernement ou au parlement et qui considèrent qu’ils bénéficient d’une impunité alors qu’ils devraient être exemplaires et vertueux!»

«Inéligibilité à vie»

Sur le trottoir de l’Hôtel des impôts, les agents en pause cigarette ont eux aussi une opinion bien tranchée sur le cas Thévenoud, eux qui reçoivent «des appels de contribuables en colère et agressifs du type "Vous vous acharnez sur nous les petits contribuables alors que des ministres ne sont pas inquiétés pendant des années"».

«Il faudrait un système à la scandinave, avec une transparence maximale et une tolérance zéro», déclare une employée des impôts, estimant qu’il faudrait commencer par «voter une loi qui mettrait en place une inéligibilité à vie pour les représentants de la nation qui ne sont pas irréprochables, ça les calmerait!», poursuit-elle.

Davantage de contrôle

Scandalisée par cette affaire, elle plaide pour «un arsenal efficace et dissuasif afin d’atteindre la transparence et l’exemplarité, parce que des mesurettes, ça ne sert à rien».

Son collègue, lui aussi, partage ce sentiment d’écœurement. «Nous les agents des impôts, on n’a pas le droit à l’erreur, on est tous rigoureusement contrôlés. Et c’est bien normal: on ne peut pas s’occuper des impôts des contribuables si on n’est pas nous-mêmes irréprochables. Les responsables politiques devraient eux aussi être davantage contrôlés».