Manuel Valls à l’Assemblée: «Je ne comprends pas qu’en conscience Thomas Thévenoud reste membre de cette assemblée»

REPORTAGE La première séance des questions au gouvernement de la rentrée à l’Assemblée nationale a été monopolisée par le cas Thévenoud…

Anne-Laëtitia Béraud
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Le Premier Ministre Manuel Valls à l'Assemblée nationale en avril 2014.
Le Premier Ministre Manuel Valls à l'Assemblée nationale en avril 2014. — LCHAM/SIPA

Séance de rentrée des questions au gouvernement Valls, ce mercredi à l’Assemblée nationale. Et très vite, la confrontation droite-gauche se remet en place. Mais le ping-pong verbal du jour est monopolisé par la polémique Thévenoud, du nom de l’éphémère secrétaire d’Etat qui n’a payé ni impôts ni loyers pendant trois ans. L’homme, exclu du PS, provoque l’ire des parlementaires pressés de le voir renoncer à son mandat de député de Saône-et-Loire. Et du Premier ministre Manuel Valls qui déclare tout net: «Je ne comprends pas qu’en conscience il reste membre de cette assemblée».

«Il a pété un câble»

>> L’argument de «phobie administrative» de Thomas Thévenoud existe-t-il vraiment? La réponse ici

Dans la salle des Quatre colonnes, peu avant la séance, les députés de droite donnent les premiers coups. «Si je vois Thomas Thévenoud, je lui dirais d’aller se faire soigner car il reconnaît une grave maladie… une maladie qui n’existe pas», ironise Patrick Ollier, député UMP des Hauts-de-Seine. «Cela relève vraiment de quelque chose qui n’est pas net», lâche de son côté Nicolas Dupont-Aignan, député non-inscrit de l’Essonne. «Il ne faut pas tirer sur l’ambulance, mais, politiquement, il a pété un câble», estime encore Philippe Gosselin, député UMP de la Manche. L'intéressé, Thomas Thévenoud, reste invisible dans les couloirs de l'Assemblée nationale.

Le deuxième point noir du jour pour le gouvernement est la révision à la baisse de la croissance et l’augmentation du déficit public pour 2014 et 2015, deux chiffres dévoilés ce mercredi matin par les ministres Michel Sapin et Christian Eckert. La croissance est révisée à la baisse (0,4% contre 1% prévu), et les déficits publics sont prévus à 4,4%, plus qu’en 2013, alors que le gouvernement visait les 3,8 %. «François Hollande n’a pas respecté sa promesse n°9, celle de ramener le déficit à 3% en 2013. Nous serons à 4,4% en 2014. Cet écart considérable est le signe de l’échec patent de la politique d’Hollande et une forme de faillite qui altère la crédibilité de notre pays», juge Eric Ciotti, député UMP des Alpes-Maritimes.

«Partout le flou prédomine»

Dans l’hémicycle, la joute devient plus acerbe. Le député UMP de Haute-Marne Luc Chatel vise le Premier ministre: «Partout le flou prédomine. Et comme dit la grand-mère de Martine Aubry, ‘quand il y a un flou, il y un loup! Quand, monsieur le Premier ministre, allez-vous cesser cette comédie?», lance Luc Chatel. Manuel Valls, sans note, contre-attaque. «Nous ne jouons pas la comédie ici. (..) Oui, il y a un cap. Dans un contexte difficile, nous assumons nos responsabilités (..), nous refusons l’austérité. Nous faisons des priorités, comme l’éducation nationale, que, vous notamment, vous nous avez laissée dans un état pitoyable!»

A propos de Thomas Thévenoud, Manuel Valls devient solennel: «Je vais vous dire ce que je pense. Je ne comprends pas aujourd’hui, même si aucun de nous d’entre nous a de pouvoir sur [Thomas Thévenoud], je ne comprends pas qu’en conscience il reste membre de cette assemblée», dit-il sous les applaudissements. «Dans une semaine, il y aura un vote de confiance [du gouvernement, le 16 septembre]. S’il vote, et si ce vote est positif, je considérerai que ce vote ne peut pas être comptabilisé dans le vote que je demanderai», ajoute le Premier ministre, provoquant la surprise chez François Fillon. Le pari est risqué pour Manuel Valls, puisque la majorité à l’Assemblée nationale reste fragile avec la crise au sein de la majorité, et la menace de sécession des députés de gauche rebelles, «les frondeurs».

Des députés toujours excités

Et comme à l’habitude, les interventions des uns et des autres se déroulent sous les agacements et les sifflets de certains. Des bruits bien loin des dernières recommandations de Claude Bartolone. Le président de l’Assemblée a envoyé le 3 septembre un courrier aux députés pour les prévenir qu’il veut voir changer le comportement de certains en séance. Quitte à prendre des sanctions.