Comment le FN part à la conquête des jeunes

POLITIQUE Après le collectif Marianne dédié aux étudiants, le collectif Racine-Lycéens a été lancé ce dimanche...

Delphine Bancaud

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Des jeunes  lors de l’université du FNJ à Fréjus, le 7 septembre 2014.
Des jeunes lors de l’université du FNJ à Fréjus, le 7 septembre 2014. — VALERY HACHE / AFP

Après les enseignants et les étudiants, le FN veut désormais fédérer les lycéens. Ce dimanche s’est lancé le Collectif Racine-Lycées, qui appelle tous «les lycéens patriotes de France à apporter une voix pour redresser le système lycéen Français», peut-on lire sur son site.

Le mouvement, encore balbutiant, ne rassemble pour l’heure qu’une quinzaine de membres. «Mais son but à terme est de développer des antennes locales un peu partout en France», explique Mathilde Androuet, en charge des collectifs au Front national.

Des tribunes sur le site

Prenant exemple sur le collectif Racine des enseignants, ce mouvement veut être «le porte-voix des lycéens de France qui refusent de subir le sort que leur ont réservé, sur fond de renoncement croissant à la France, plus de trente ans de politiques éducatives insensées», prévient-il. Pour faire entendre leurs opinions, les lycéens fondateurs publieront régulièrement des tribunes sur leur site «pour aborder les problèmes qu’ils rencontrent au quotidien: l’insécurité, une pédagogie qui n’est plus adaptée…», précise Mathilde Androuet.

Des écrits qui seront préalablement validés par le directeur de publication du collectif Racine des enseignants, afin d’éviter tous débords. «C’est une manière de lutter contre les caricatures que l’on fait des jeunes. Car les seuls qu’on voit dans l’espace public sont ceux qui soutiennent Leonarda», affirme Mathlide Androuet.

Un contexte porteur pour le FN

Une initiative qui s’inscrit dans une stratégie plus globale du FN, qui vise à séduire de plus en plus de jeunes. «Le FN veut surfer sur ses excellents scores auprès des primo-électeurs lors de la présidentielle. Et il suit le même principe que les marques, en s’attaquant aux jeunes, il tente de fidéliser ses futurs électeurs», explique Nicolas Lebourg, historien spécialiste des extrêmes droites.

Selon lui, le parti de Marine Le Pen est aussi porté par le contexte ambiant: «Les tensions autour des questions d’intégration se sont durcies dans le milieu scolaire, la culture gauchiste dans les lycées est déliquescente, les jeunes sont précarisés sur le marché du travail et le vote FN n’est plus honteux», rappelle le chercheur. Le collectif Marianne, lancé par les étudiants en mars, compterait déjà «une centaine d’adhérents», selon Mathilde Androuet, et serait en train de lancer des antennes locales. «Preuve que les esprits sont prêts», affirme-t-elle.

Plusieurs initiatives similaires ont déjà avorté

Reste à savoir si l’opération séduction auprès des jeunes prendra. D’autant que ce n’est pas la première. «En 1976, puis dans les années 80 et 90, le FN a tenté de s’infiltrer dans les lycées et les universités. Mais cela n’a jamais marché. Tout d’abord parce que le logiciel de l’anti-fascisme était fort dans les établissements. Et aussi parce que le FN n’a pas su faire piloter ces collectifs par des cadres du parti. Or, sans contrôle, ils peuvent partir en vrille». Par ailleurs, il est difficile à des lycéens de mener des actions militantes dans leur établissement, sans s’attirer les foudres de la direction.

Si l’efficacité de ces collectifs de jeunes pose question, leur utilité pour le FN est néanmoins assurée sur deux points, d’après Nicolas Lebourg: «Ils serviront à mobiliser les jeunes en vue des prochaines élections, par des campagnes civiques. Mais aussi à détecter des jeunes talentueux formés sur le terrain».