Pourquoi le FN doit relativiser ses espoirs de conquête du pouvoir

POLITIQUE Se proclamant «premier parti de France», disposant de sondages favorables, le Front national de Marine Le Pen n’en reste pas moins incapable de gagner aujourd’hui…

Anne-Laëtitia Béraud

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La présidente du Front national, Marine Le Pen, le 30 août 2014 à Brachay.
La présidente du Front national, Marine Le Pen, le 30 août 2014 à Brachay. — ZIHNIOGLU KAMIL/SIPA

«Les sondages aujourd'hui nous donnent de l'espoir et nous montrent qu'il n'y a plus de plafond de verre», a déclaré dimanche la présidente du Front national Marine Le Pen, lors de l’université d’été du Front national jeunesse à Fréjus. Se référant à un sondage Ifop pour le Figaro publié vendredi, qui la donne pour la première fois en tête d'un second tour d’une présidentielle, Marine Le Pen se dit convaincue d’être sur la rampe de lancement qui propulsera le Front national aux responsabilités.

Multipliant les appels à la dissolution de l’Assemblée nationale, la frontiste se dit prête à assumer le poste de Premier ministre, après une victoire de son parti à l’issue de législatives anticipées. «La logique républicaine serait que le premier parti de France en nombre de suffrages soit aussi le premier parti de France en nombre d'élus», ajoute Marine Le Pen dimanche. Cependant, ses espoirs doivent être relativisés. 20 Minutes vous dit pourquoi.

Le sondage, cet exercice délicat du «pouls» des électeurs

Un sondage est considéré comme une «photo» de l’opinion à un moment donné, avec des échantillons concernant généralement un millier de sondés. «Le sondage publié ce vendredi indique un rapport de force, une dynamique enclenchée par le Front national depuis 2011. Oui, le vote FN a élargi son spectre électoral. Et oui, le vote FN n’est plus attrape-tout, mais attractif pour des électeurs», souligne Frédéric Dabi, le directeur général adjoint de l'Ifop. Avant d’ajouter: «Ce sondage révèle l’intention de vote, mais il ne dit évidement pas ce qu’il se passera dans deux ans et demi, lors la prochaine présidentielle. Personne ne connaît l’offre électorale, les conditions économiques et sociales qui seront celles de 2017. Personne ne peut prévoir un DSK…».

Une enquête qui ne sacre pas Marine Le Pen dans tous les cas de figure

Ce sondage Ifop est néanmoins une première, car il sacre la présidente du FN face à François Hollande en cas d’élection présidentielle réalisée dimanche. Mais il prédit sa défaite face à l'UMP en cas de second tour face à Alain Juppé (64%) Nicolas Sarkozy (60%) et François Fillon (57%).

Des cotes de popularités mauvaises

Autre limite pour Marine Le Pen: une image négative qui persiste auprès des Français. «En tant que personnalité politique, Marine Le Pen a une cote de popularité mauvaise, comme François Hollande ou Nicolas Sarkozy», note Frédéric Dabi, de l’Ifop. Selon le baromètre de septembre 2014 TNS Sofres / Figaro-Magazine des cotes de popularités des politiques, l’eurodéputée plafonne à 26% , après avoir connu son apogée à 33% en octobre 2013. Et selon le sondage de septembre CSA/Les Echos / Radio Classique, Marine Le Pen obtient que 28% d’image plutôt positive.

La limite du «premier parti de France»

Lors des élections européennes de mai 2014, le Front national est arrivé en tête avec 24,95 % des suffrages obtenus, lors d’un scrutin marqué par une absention massive. Le Front national s’est alors attribué le nom de «premier parti de France»

Mais les européennes sont des élections particulières. «Leur résultat n’est pas prédictif pour la suite. Souvenez-vous de la victoire des listes d’Europe Ecologie en 2009, à plus de 16%, autant que le PS, puis le pschitt d’Eva Joly à la présidentielle de 2012», relève le sondeur Frédéric Dabi. L’alliance eurosceptique de Philippe Villiers-Charles Pasqua, victorieuse aux européennes de 1999, avait elle aussi fait long feu.