«Techniquement, François Hollande peut descendre encore plus bas dans les sondages»

INTERVIEW Sondeur et président de l’institut Polling Vox, Jérôme Sainte-Marie explique à «20 Minutes» les risques de l'impopularité grandissante du chef de l'Etat. Il estime cependant que trois éléments pourraient lui permettre de remonter la pente dans les enquêtes d'opinion...

Propos recueillis par Mathieu Bruckmüller

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Le président François Hollande à Marseille le 4 juin 2013
Le président François Hollande à Marseille le 4 juin 2013 — Gerard Julien AFP

Il est (presque) au fond du trou. La cote de confiance de François Hollande n’est plus que de 19 % dans le dernier sondage réalisé par l’institut CSA et publié jeudi. Elle est même tombée à 13 % selon TNS Sofres. Il s’agit du niveau le plus bas jamais atteint par un président dans ce «baromètre politique» réalisé pour le Figaro Magazine.

Jusqu’où ira la chute de François Hollande. Éléments de réponse avec le sondeur et président de l’institut Polling Vox, Jérôme Sainte-Marie.

Avec une cote de popularité aussi basse, François Hollande peut-il encore gouverner?

En théorie oui. Les institutions fonctionnent. Le chef de l’Etat dispose du pouvoir légitime issu des urnes. Cependant François Hollande se trouve dans une situation de grande vulnérabilité à l’égard de son propre camp. La crise de cet été qui a mené à l’éviction d’Arnaud Montebourg et à la formation du gouvernement Valls II n’est pas liée à une crise sociale, mais bien à une crise au sein du Parti socialiste. Ceci tient aux lourdes défaites électorales du printemps dernier, ainsi qu’à une orientation de la politique gouvernementale qui ne correspond ni à la campagne du candidat Hollande en 2012 ni à la culture historique du PS.

Avec une cote de confiance aussi basse, la majorité peut s’opposer beaucoup plus facilement aux initiatives présidentielles. Regardez la valse-hésitation de ces derniers jours sur le recours aux ordonnances. Face à la fronde de certains parlementaires PS, l’exécutif a décidé d’y renoncer pour légiférer sur le travail du dimanche. François Hollande est donc dans une situation d’extrême fragilité. Il a perdu ses anticorps. Il y a un risque de plus en plus élevé qu’il n’est plus l’autorité suffisante pour imposer ses choix. Devra-t-il se résigner à dissoudre l’Assemblée? La question pourrait se poser dans les mois à venir.

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Le chef de l’Etat peut-il descendre encore plus bas?

Il y a déjà plus d’un an quand François Hollande n’était qu’à 25 % de popularité, les sondeurs se posaient déjà cette question. La plupart pensaient que c’était impossible car, que ce soit sous Mitterrand, Chirac ou Sarkozy, le chef de l’Etat gardait toujours le soutien de sa famille politique. Il y avait toujours une ligne de flottaison, un seuil incompressible sous lequel il était impensable de tomber. Dans la mesure où François Hollande n’a plus la confiance de son propre camp, techniquement oui, il peut descendre encore plus bas dans les sondages.

Est-ce que les révélations du livre de Valérie Trierweiler peuvent accélérer cette chute?

Je suis réservé. Contrairement à Nicolas Sarkozy que l’opinion publique accusait d’exhiber les bonheurs et les malheurs de sa vie privée, François Hollande n’est pas à l’initiative de la chose. Il pourrait même être perçu comme une victime. D’autant plus que Valérie Trierweiler n’a jamais été très appréciée par les Français. Je pense que pour François Hollande le mal a déjà été fait au moment de la révélation de sa liaison avec Julie Gayet. Une partie de l’opinion lui a reproché non seulement de tromper sa compagne, mais aussi de se laisser distraire de ses responsabilités présidentielles.

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François Hollande peut-il rebondir?

Trois éléments peuvent l’aider dans sa tâche. Un événement extérieur comme une crise internationale qui lui permettrait de jouer un rôle de premier plan. Suite à l’intervention au Mali, il avait repris des couleurs dans les enquêtes d’opinion par exemple. Le calendrier électoral devrait aussi lui permettre de remonter un peu la pente à mesure que l’on se rapprochera de l’élection de 2017 qu’il soit ou non candidat. En effet, l’opposition n’a pas de chef clairement identifié. Or François Hollande est jugé actuellement pour lui-même et non pas en comparaison de. Dernier ressort possible: que sa politique amène des résultats.

Justement, le retour probable de Nicolas Sarkozy sera-t-il une aubaine pour François Hollande?

Le retour de l’ancien président peut le faire remonter dans les sondages. Si Nicolas Sarkozy a conservé la faveur des militants UMP, il reste peu apprécié de l’ensemble des Français. Sa personnalité est toujours jugée trop clivante. Nicolas Sarkozy serait le meilleur opposant pour François Hollande car il permettrait de ressouder une partie de la gauche derrière lui.