«Valeurs actuelles» et «L'Opinion»: Un étonnant sondage en faveur de Nicolas Sarkozy qui a tout d'une manipulation

POLITIQUE Personne ne sait qui l’a réalisé, qui l’a commandé, ni même s’il existe vraiment…

Maud Pierron

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Nicolas Sarkozy, le 10 mars 2014 à Nice.
Nicolas Sarkozy, le 10 mars 2014 à Nice. — BRUNO BEBERT/SIPA

Alors que le retour de Nicolas Sarkozy en politique est attendu pour les prochaines semaines, Valeurs Actuelles et l’Opinion font état d’un sondage très flatteur pour l’ex-chef de l’Etat… mais qu’aucun institut de sondage ne revendique.

On ne sait pas comment il a été réalisé. Dans cette étude, il apparaît comme le seul rempart à Marine Le Pen, au second comme au premier tour. Loin devant Hollande, évidemment, mais aussi devant Alain Juppé et François Fillon, candidats déclarés à la primaire UMP. Sauf qu’Ipsos, à qui Valeurs Actuelles, avait attribué le sondage, a démenti l’avoir réalisé. L’Opinion n’a pas donné le nom de l’institut et un responsable de Valeurs actuelles a expliqué ne pas avoir vu la fiche technique de l’étude.

Le PS a saisi la commission des sondages car l’étude «ne semble respecter aucune des obligations légales requises: absence d’informations sur les questions, le panel, les auteurs, le nombre de sondés…», explique Christophe Borgel dans un communiqué.

«Ce qui est étonnant, c’est qu’aucun institut n’assume ce sondage», explique un sondeur. Il arrive que des sondages confidentiels fuitent dans la presse, mais dans ce cas, une orientation est donnée, pas des chiffres aussi précis, avec le premier et second tour et avec différents candidats testés à droite. Ou si le sondage confidentiel est finalement publié, c’est avec la note technique (commanditaire, date, méthode, etc.) «Quel intérêt à masquer le détail des résultats ou l’institut?, s’interroge le sondeur d’un grand institut. «C’est un faux, une tentative de manipulation ou le journaliste qui s’est fait avoir», liste-t-il.

Un sondage pas logique

Comme la commission des sondages est saisie, «on va très vite savoir de quoi il retourne, s’il s’agit d’un coup monté, d’un coup de com, d’intox, s’il existe ou pas», explique dubitatif un autre sondeur d’un institut réputé. «Si Valeurs actuelles et l’Opinion sont incapables de prouver que le sondage existe, alors elle statuera qu’il est nul et non avenu», explique-t-il, tout en reconnaissant que cela «aura moins de bruit» que ce vrai-faux sondages.

«Ne cherchez pas, ce sondage n’existe pas, c’est du vent», lance un spécialiste des sondages. Il met en avant la logique de l’opinion. Par exemple, début août, un sondage Ifop pour Marianne donne… Marine Le Pen (26 %) devant Nicolas Sarkozy (25 %) au premier tour. L’écart entre Sarkozy (30 %) et Juppé (24 %) face à Marine Le Pen (27 % ou 33 %) lui semble également «trop large» puisqu’Alain Juppé semble plutôt être sur une pente ascendante.

Dans une étude Harris Interactive de juin pour LCP, le maire de Bordeaux est le candidat préféré des sympathisants de droite pour prendre la tête de l’UMP [à laquelle il n’est finalement pas candidat] et Nicolas Sarkozy, le préféré pour remporter la primaire. Tout va bien, sauf que les chiffres laissent entrevoir un possible croisement des courbes: 32 % des sympathisants préfèrent Nicolas Sarkozy pour la primaire contre 25 % Alain Juppé, une chute de 18 points par rapport à octobre 2013 pour le premier, une hausse de 7 points pour le second.

«C’est du flan intégral de sarkozystes qui sont dans la terreur de Juppé»

«Il n’y a aucune cohérence. C’est du flan intégral des sarkozystes qui sont dans la terreur de Juppé», apprécie notre observateur. «Ils s’excitent car leur problème, ce n’est pas Hollande, c’est Juppé qui est plus apprécié que Sarkozy et qui mord au centre gauche», analyse cet observateur. 

Par exemple, dans une étude BVA pour le Parisien de juin dernier, Alain Juppé est le candidat préféré de l’ensemble des Français (23 %) pour prendre la tête de l’UMP devant Nicolas Sarkozy (14 %). Les résultats s’inversent quasiment dans l’échantillon «sympathisant UMP» puisque Sarkozy arrive en tête (25 %) devant Juppé (17 %). 

Enfin, une des dernières enquête d’opinion politique, un sondage CSA pour Atlantico, montre un Juppé en forme, car 64 % des Français souhaitent que le maire de Bordeaux accroisse ou conserve son influence sur la vie politique tandis que 52 % souhaitent que celle de Nicolas Sarkozy diminue…

«Les gens votent en fonction des résultats putatifs de 2017», rappelle le spécialiste des sondages qui conclut: «ils veulent disqualifier Juppé». Tout l’enjeu, c’est «de légitimer le putsch à l’UMP pour refermer l’hypothèse de la primaire». Et dans le même temps, cela permet, à peu de frais, «de justifier le retour de Nicolas Sarkozy».