Gouvernement: «Social-démocrate», «social-libérale», «libérale», «de gauche raisonnable»... La bataille des mots fait rage au PS

POLITIQUE Chacun tente de définir la ligne de la politique menée par le gouvernement de Manuel Valls...

Maud Pierron

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Manuel Valls, Claude Bartolone et Jean-Christophe Cambadélis le dimanche 30 août, en clôture de l'université d'été du PS de La Rochelle.
Manuel Valls, Claude Bartolone et Jean-Christophe Cambadélis le dimanche 30 août, en clôture de l'université d'été du PS de La Rochelle. — X. LEOTY /AFP

«Si Valls mène une politique social-libérale? Mais vous êtes gentil car ‘social’, c’est pour la politesse», enrageait ce week-end à La Rochelle un responsable socialiste après ce qu’il considérait comme des «provocations»: la nomination de Macron, la déclaration d’amour au Medef, le retour sur les seuils sociaux, la polémique (refermée) sur les 35 heures, le détricotage de la loi Alur, le débat sur le travail le dimanche…. «Il y a une OPA sociale- libérale qui est menée. Il y a un problème politique par jour qui est posé par la méthode et les choix du Premier ministre», s’agaçait de son côté le frondeur Christian Paul.

Des initiatives tous azimuts qui passent mal au PS

Même Yann Galut, plutôt un tenant du sérieux budgétaire et qui ne passe pas pour être un frondeur, a passé le week-end à tancer «le virage social-libéral qui s’affirme au gouvernement» et s’est interrogé sur «les risques d’explosion du PS». Et encore, tout cela, c’était avant la sortie de François Rebsamen ce lundi sur le nécessaire «contrôle» des chômeurs… Car l’embarras est certain chez bon nombre de responsables socialistes devant l’action de Manuel Valls, même s’il n’est bien souvent pas évoqué à voix haute. Un élu qui soutient habituellement l'action gouvernementale avait bien du mal à avaler ses fruits de mers lorsqu’on lui parlait des dernières initiatives en haut lieu. «Oui», le gouvernement est de gauche, assurait-il du bout des lèvres. «Je peux accepter le terme social-démocrate, mais social-libéral, jamais», prévenait-il. «Il y a quand même la gauche et la droite», rappelait-il comme si la gauche désormais était simplement ce que n’était pas le projet supposé de la droite: fin des 35h, baisse des minimas sociaux, plus de 100 milliards d’euros d’économie par an (contre 50 milliards sur 3 ans) etc.

Jean-Christophe Cambadélis a également fulminé en privé, mais il a tenu la maison PS tout le week-end, répétant que si le PS doit «se réinventer», il ne sera «jamais» «social-libéral», traçant la ligne rouge du parti. Le PS doit faire sa mue «social-démocrate», explique cet ex-strauss-kahnien, tandis que François Hollande assume lui une ligne «social-démocrate», qu’il définit par la modernisation du pays grâce à la négociation avec les partenaires sociaux. «On n’est pas social-libéraux, on est sociaux-démocrates», martelait à La Rochelle Stéphane Le Foll, fidèle de François Hollande, expliquant que «sur les valeurs» et les «objectifs poursuivis» tels la lutte contre le chômage et les inégalités, la politique menée est «de gauche». Prenant l’exemple du débat sur les seuils sociaux, il a lâché: «La gauche a cette capacité à s’arc-bouter sur des symboles et à en oublier ses objectifs.»

Un ministre: «Manuel Valls est clairement identifié sur une ligne social-libérale»

Un ministre de poids nuance: «Manuel Valls est clairement identifié sur une ligne social-libérale» mais cette ligne n’est pas et «il ne faut pas» que ce soit celle du gouvernement. Mais tout comme Manuel Valls se garde bien de se définir, proclamant: «Il n’y a ni virage, ni tournant, il y a une ligne: celle de la réforme et de l’efficacité», son cercle proche rechigne à définir théoriquement la politique menée. «Social-démocrate ou social-libéral, c’est un faux débat. La vraie question c’est "qu’est-ce que ça veut dire être socialiste en 2015?"», expliquait un de ses lieutenants à La Rochelle. «Je récuse les étiquettes», lâche un des proches de Valls, le député Carlos da Silva. Et de lister: embauches de profs, de juges et de policiers, augmentation du point d’indice, 80 milliards de dépenses par an supplémentaires, tout cela «ce n’est pas une politique sociale-libérale. Non, c’est une politique de gauche raisonnable».

A l’heure du petit-déjeuner samedi, Claude Bartolone, en vieux routier de la politique s’agaçait: «Je veux bien qu’on se la joue, qu’on se la surjoue, mais on est sur un débat qui mobilise 15 milliards d’euros [que les frondeurs et Montebourg veulent voir allouer aux ménages plutôt qu’aux entreprises]. A côté du congrès de Rennes ou du débat sur la sortie du système monétaire européen, c’est de la roupie de sansonnet.»

En off, un bon connaisseur de Manuel Valls explique: «Hollande prend conscience que la situation de la France est pire que ce que l’on pensait. Il se dit, et la Ve République lui donne ce droit, "on fait un virage, ça se jouera aux résultats". Contrairement à ce que j’entends, Manuel n’est pas en train d’appliquer son projet, il ne fait qu’appliquer celui de François Hollande, mais avec sa méthode. Le patron, c’est le Président, sur les inclinaisons, c’est Manuel et c’est ce qu’on lui a demandé.» Et d’assurer: «Si dans un an, la politique qu’on mène produit des résultats, tout le monde sera content. Sinon, il n’y a plus d’aile gauche ou d’aile droite, tout est balayé.»