Université d'été de La Rochelle: Entre apaisement et fermeté, Manuel Valls gade le cap

POLITIQUE Le Premier ministre a été chahuté par une partie des militants PS, mais a finalement réussi à amadouer la salle...

Maud Pierron

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Manuel Valls en clôture de l'université d'été du Parti socialiste.
Manuel Valls en clôture de l'université d'été du Parti socialiste. — JEAN-PIERRE MULLER / AFP

A La Rochelle (Charente-Maritime)

Dans le fond, Manuel Valls devait attendre avec impatience ce discours de dimanche en clôture de l’université d’été du PS à La Rochelle. Il se savait attendu par des socialistes troublés, mis au défi par une partie du PS qui n’accepte pas sa «clarification» sur la ligne politique, au terme d’une semaine épique pour la majorité.

Rien qui ne rebute, bien au contraire, celui qui est habitué à se faire siffler par ses camarades. A la différence que désormais à Matignon, il doit apaiser les tensions étalées par la famille socialiste tout le week-end. Comme attendu, Manuel Valls a été chahuté par quelques sifflets des frondeurs lors de son arrivée à la tribune. Mais habilement, il a construit son discours en évacuant ce qui fâche au début - la défense du pacte de responsabilités - et développé ensuite la plupart des «marqueurs» de la gauche, de la «promesse républicaine sur l’intégration», à la lutte contre les inégalités, le maintien des 35 heures. Dans son «opération rassemblement»: il n’a pas manqué de saluer Arnaud Montebourg et Benoît Hamon, les deux sortis du gouvernement, et fait ovationner Najat-Vallaud-Belkacem et Fleur Pellerin. Assez pour qu’à la fin de son discours d’une heure, la salle s’élève pour l’ovationner.

Des gages et des piques

Manuel Valls a surtout tenté de convaincre les militants d’être «fiers» de la politique menée, celle d’une «gauche du réel, qui gouverne», loin de l’austérité que certains lui reprochent. «Il n’y a ni virage, ni tournant, il y a une ligne: celle de la réforme et de l’efficacité», a-t-il lancé, assumant son cap. Et en écho de son «j’aime les entreprises» du Medef, très commenté dans les rangs socialistes, il a lancé «j’aime les socialistes»… Tout en prévenant dans la foulée que «les débats ne doivent jamais nous détourner des Français», martelant son appel à «la responsabilité» au moment où le pays souffre.

Car même s’il s’est montré plutôt consensuel face à ses camarades, il n’a, dans le même temps, rien cédé, répétant assumer «que la gauche fasse le nécessaire pour renforcer l’économie et donc les entreprises» sous les sifflets d’une partie de la salle. Agacé il a fait la leçon: «Qu’il y ait quelques sifflets sur l’idée de soutenir les entreprises, quel message adressez-vous aux Français?». Tout comme un peu plus tard, il a défendu le choix de nommer Emmanuel Macron à l’Economie. Sans le citer, la voix à moitié couverte par les sifflets, il explique: «J’ai entendu de nombreux commentaires sur une jeune ministre qui venait d’être nommé. Des commentaires avant même qu’il n’ait eu le temps de faire ses preuves», faisant un parallèle avec les critiques que la droite formule sur Najat Vallaud-Belkacem.

«C’est l’avenir du pays qui se joue, pas le nôtre»

Dans l’entourage de Manuel Valls, on estimait qu’après la séquence où le Premier ministre était l’objet de toutes les critiques claires ou larvées, «il sort renforcé». A la même heure dimanche dernier, «c’était le discours de Montebourg à Frangy» et qu’après tous les soubresauts de la semaine, «Manuel Valls clôt la séquence en donnant du sens et en rassemblant. C’est une image d’unité du parti pour la rentrée», veut-on croire.

Pas si sûr car les frondeurs, qui se sont fait entendre pendant le discours en scandant des «Vive la gauche» - du nom de leur mouvement –, ont occupé l’espace tout le week-end à La Rochelle, recevant même le soutien silencieux de la ministre Christiane Taubira. Sur le parvis de l’espace Encan de La Rochelle, l’un d’entre eux, Jérôme Guedj reconnaissait: «Manuel Valls a fait un discours convenu et habile mais qui ne règle aucun des problèmes». «C’était un moment important de clarification», a commenté le Premier ministre. «Un discours comme celui-ci ne suffira pas, il faut tenir. Car c’est l’avenir du pays qui se joue, pas le nôtre».