Quand Martine Aubry se rappelle au bon souvenir de Manuel Valls

POLITIQUE Il y a eu trop de provocations de la part du gouvernement et tout particulièrement de Manuel Valls ses derniers jours, explique-t-on dans son entourage...

Maud Pierron

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Martine Aubry et Manuel Valls.
Martine Aubry et Manuel Valls. — B.CHIBANE/SIPA

A La Rochelle (Charente-Maritime)

«Vous voyez, on peut toujours relancer la machine. Elle l’a fait exprès pour emmerder Valls», lâche un socialiste dépité à l’université d’été du PS à La Rochelle. Il vient de lire, comme tout le monde, le communiqué de presse de Martine Aubry, qui réclame la mise en place de l’encadrement des loyers à Lille. Une réponse directe à Manuel Valls qui, vendredi, a annoncé le détricotage de la loi ALUR et le seul encadrement des loyers à titre expérimental à Paris.

«Pas de volonté de s’opposer au gouvernement»

«C’est l’illustration parfaite de sa position: elle ne veut pas gêner le gouvernement, elle ne veut pas empêcher sa réussite. Mais Manuel Valls dit que les conditions ne sont pas réunies dans les villes, or, Lille est prête techniquement, elle a travaillé en amont», décrypte le député aubryste Olivier Dussopt. Il ne faut donc pas y voir malice, il n’y a aucune volonté de s’opposer au gouvernement.

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Et pourtant, cette année, la maire de Lille avait choisi de ne pas venir à ce rendez-vous qui marque traditionnellement la rentrée politique du PS. «Elle aurait du mal à s’empêcher de parler», expliquait un aubryste fin juillet. En tant qu’ex-première secrétaire du PS, elle ne pouvait pas ne pas savoir l’écho qu’aurait son communiqué dans les rangs socialistes.

La maire de Lille a de quoi s'agacer

Un élu qui parle régulièrement confirme d’ailleurs qu’elle l’a fait à dessein. «Franchement, il y a un moment où il faut arrêter de la chercher». Il faut dire que la maire de Lille a eu de quoi s’agacer sur la seule dernière semaine: le remaniement «où ils prennent au gouvernement Patrick Kenner, le président du Conseil général du Nord sans la consulter et en le faisant passer pour un aubryste», le discours de Manuel Valls devant le Medef, la remise en cause des seuils sociaux, le débat sur les 35 heures, le détricotage de la loi Duflot… «C’est comme un taureau: à un moment, quand on agite tout le temps le chiffon rouge devant son nez, il fonce», image-t-il.

Aubry «prépare sa rentrée» sans la fronde

En juillet déjà, mécontente des arbitrages sur la réforme des régions, elle avait convoqué la presse pour donner son point de vue et lâcher au passage que «depuis deux ans», le gouvernement avait manqué d’une «grande vision» et d’«une méthode». Des mises au point qui pourraient se reproduire. Son entourage ne cesse de faire savoir que Martine Aubry «prépare sa rentrée», qu’elle va bientôt prendre la parole, probablement sous la forme d’une tribune. «Depuis deux ans, elle a fait passer ses critiques et suggestions directement en privé. Elle constate que ce n’est pas pris en compte, alors elle va le faire publiquement», explique-t-on. Mais hors de question pour elle de prendre la tête de la fronde. «Martine est au centre du parti, elle rassemble bien plus que les frondeurs».